Tous appelés

…J’entendis la voix du Seigneur, disant: Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous? Je répondis: Me voici, envoie-moi.

Esaïe 6, 1-8

…je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu. Par la grâce de Dieu je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi n’a pas été vaine; loin de là, j’ai travaillé plus qu’eux tous, non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi. Ainsi donc, que ce soit moi, que ce soient eux, voilà ce que nous prêchons, et c’est ce que vous avez cru.

1ere épitre aux Corinthiens 15, 1-11

…Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus, et dit: Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur.[…]. Alors Jésus dit à Simon: Ne crains point; désormais tu seras pêcheur d’hommes. Et, ayant ramené les barques à terre, ils laissèrent tout, et le suivirent.

Luc 5, 1-11

Les trois textes du jour, chacun à leur façon, racontent la même histoire. Celle d’une invitation à répondre à l’appel de Dieu. Trois récits de vocation : celle d’Esaïe, celle de Simon, Jacques et Jean, celle de Paul.
Trois récits impressionnants. Ceux qui sont appelés, n’en mènent pas large. Ce qui est frappant, c’est la similitude des trois récits. Au début de chacun, la prise de conscience par Esaïe, Simon, Jacques Jean et Paul d’un échec, d’une incapacité à faire ce qu’ils aimeraient faire.
Esaïe est émerveillé par sa vision, il jouit de son extase mystique, jusqu’à ce qu’il réalise qu’il n’est pas à sa place dans cette intimité divine, parce qu’il appartient à un peuple qui déraisonne : « Malheur à moi! je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j’habite au milieu d’un peuple dont les lèvres sont impures, et mes yeux ont vu le Roi, l’Éternel des armées. »
Simon, Jean et Jacques sont revenus bredouilles de la pêche : ils y ont passé la nuit. Jésus leur dit de jeter les filets et ils le font par obéissance. Quand ils retirent des filets pleins à craquer : « Simon Pierre tombe aux genoux de Jésus, et dit: Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur. ».
Paul est un juif pieux, il se sent menacé dans ses convictions, et il en vient à encourager la lapidation d’Etienne, à être l’un des persécuteurs les plus zélés de ces nouveaux disciples d’un dénommé Jésus : « moi l’avorton, le moindre des apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu. ».
Esaïe, Simon, Jacques Jean et Paul ont pris conscience de leur incapacité à faire face à ce qui s’annonce. Ils s’en sentent indignes.
La parole de Dieu vient les relever tous les trois.
L’un des séraphins pose l’une des braises de l’autel sur les lèvres d’Esaïe et lui dit « ton iniquité est enlevée, et ton péché est expié »
Jésus dit à Simon : « Ne crains pas; désormais tu seras pêcheur d’hommes »
Paul écrit : « Par la grâce de Dieu je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi n’a pas été vaine ».
Et une fois relevés Esaïe, Simon, Jacques Jean et Paul ne se posent plus de question et se mettent à l’ouvrage.
Esaïe raconte : « J’entendis la voix du Seigneur, disant: Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous? Je répondis: Me voici, envoie-moi. »
Simon, Jacques Jean et Paul « ayant ramené les barques à terre, [ils] laissèrent tout, et le suivirent. »
Paul écrit : « loin de là, j’ai travaillé plus qu’eux tous, non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi. »
C’est une affaire de confiance réciproque. La confiance qu’ils ont tous en la confiance que Dieu a qu’ils mèneront leur tâche à bien.
Ça me rappelle quand ma fille Mathilde était bébé. Elle avait trouvé une façon bien à elle de ramper assise, et elle ne voyait pas l’utilité de se mettre debout pour marcher. A quinze mois elle ne marchait toujours pas. Et un jour où on jouait toutes les deux par terre, j’étais en train de la filmer avec la caméra, et je lui ai dit « alors Mathilde : tu viens ?». Elle m’a regardée, elle s’est levée et elle est venue dans mes bras. Elle a eu confiance dans la confiance que j’avais qu’elle y arriverait, et elle y est arrivée.
Ce n’est pas que je me prenne pour Jésus, c’est juste pour qu’on se comprenne bien sur cette histoire de réciprocité.
Sans réciprocité, la confiance n’a aucun effet. Si j’ai confiance dans le fait que vous pouvez tous repartir du temple en marchant sur les mains, ça ne va pas nous avancer beaucoup, parce que vous vous n’avez pas confiance en mon jugement sur votre forme physique, et vous ne ferez rien, vous n’essaierez d’ailleurs même pas, et il ne se passera rien.
Esaïe, Simon, Jacques Jean et Paul ont eu confiance en la confiance que Dieu avait qu’ils mèneraient leur tâche à bien. Cette confiance leur a donné des ailes pour surmonter leurs craintes. Ils ont tous mené à bien ce à quoi ils étaient appelés, leur vocation de prophète et d’apôtres. Tous rassemblés dans ce temple, nous en sommes la preuve vivante ce matin.
Et nous, à quoi sommes-nous appelés ? Quelle est notre vocation ? La vocation n’est pas uniquement réservée aux prophètes et aux apôtres. Chacun d’entre nous ce matin a une vocation. Chacun d’entre nous est appelé, la question est de savoir à quoi. Les textes de ce matin nous donnent une méthode en 3 étapes.

1ère étape : l’envie
Ça part bien : Dieu ne nous appelle pas à faire des choses malgré nous. On ne peut pas se forcer à bien faire quelque chose que l’on n’aime pas faire. Je ne veux pas dire qu’il ne faut jamais faire d’efforts (comme faire ses devoirs à l’école ou terminer une tâche qui nous casse les pieds au boulot), mais la bonne nouvelle, c’est que notre vocation ne peut pas être de faire en permanence des choses dans lesquelles nous ne trouvons aucun plaisir.
Mais cette envie, il faut aussi savoir l’écouter. A force de formatage de notre famille et de la société à nous conformer à leurs attentes, nous pouvons en arriver à refuser d’écouter la voix intérieure qui nous invite à faire autre chose. « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » nous dit Jésus. Des paroles qui dérangent, mais ce que Jésus nous dit, ce n’est pas de haïr nos proches, simplement de ne pas les laisser nous envahir par un amour possessif. Le seul amour possessif que nous pouvons accepter en toute liberté, c’est l’amour de Dieu.
Ecoutons donc notre voix intérieure et nos envies.

2e étape : la prise de conscience de nos limites
Nos envies, c’est le point de départ, mais une envie qui n’a pour moteur que nos désirs va s’épuiser face aux obstacles, ou devenir une obsession. Prendre conscience de nos limites, c’est le garde-fou qui va nous empêcher de nous conduire comme un enfant gâté qui veut tout, tout de suite, et se met en colère s’il ne l’obtient pas, en détruisant tout ce qui se trouve à portée de main.
Donc règle n°2 : si vous ne voyez aucun obstacle à votre projet, que vous vous dites que vous avez toutes les compétences requises et tous les moyens nécessaires pour réussir, je vous dis : attention, danger !

Mais il n’y a pas que nous qui ayons des limites.
Nous étions hier accueillis par la paroisse du Vésinet pour échanger nos points de vue sur la meilleure façon d’organiser l’entraide professionnelle. Nous en venons à une discussion sur la vocation d’où ressortent de la part de nos interlocuteurs les deux points de vue suivants, qu’il me paraît intéressant d’évoquer ce matin, en appui de mon propos sur le discernement.

1er point : la vocation ne concernerait que les prêtres, les pasteurs, … : les autres ne font que travailler pour gagner leur vie : c’est donnant donnant : du travail en échange d’un salaire.
Que ce soit comme ça que ça se puisse se passer j’en suis bien sûr d’accord : on a tous un jour ou l’autre fait des boulots qui ne nous plaisaient pas, simplement pour gagner notre vie. De là à limiter notre objectif dans la vie à simplement la gagner, ça me paraît un peu juste – et pas qu’à moi : (Lc 9,25) : à quoi sert-il à un être humain de gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ? Notre but dans la vie ne peut pas être uniquement de passer 8 à 10 heures par jour juste à gagner de l’argent. Dieu a un projet pour chacun d’entre nous, et il n’appelle pas que les prêtres ou les pasteurs. Ne laissons pas les difficultés économiques nous anesthésier dans un à peu près. Bien sûr il y aura toujours les petits boulots, mais ne laissons pas les difficultés de la vie prendre la conduite de notre existence : gardons l’espoir de parvenir à notre vocation, au projet de Dieu pour nous.

2e remarque, corollaire de la première : mieux vaut garder une certaine distance par rapport au travail, on voit trop de dégâts chez ceux qui se sont beaucoup investis et se font licencier. Ils sont détruits.
C’est vrai, et j’en ai rencontré personnellement beaucoup. C’est un point capital du discernement. Notre vocation est affaire personnelle entre Dieu et nous. Elle ne peut pas reposer sur autre chose que Dieu et nous. C’est en cela que, quelque part, les vocations de prêtres et de pasteurs sont plus évidentes que les vocations de plombiers. Mais on peut aussi être un excellent plombier, et avoir la vocation de rendre service à tous ceux qui pestent contre leur évier bouché ou la chasse d’eau qui fuit. D’être heureux de faire du bon travail, de repartir après avoir réglé le problème. Là où il faut faire attention, c’est à ce que notre vocation telle que nous la discernons soit bien entre nos mains sous le regard de Dieu, et non la seule poursuite de la satisfaction d’un supérieur hiérarchique qui sera peut-être parti demain, ou d’une société qui sera peut-être obligée de nous licencier après-demain. C’est Dieu qui nous appelle, et pas notre chef, ou la société qui nous emploie. Notre chef, notre société, l’association à laquelle nous adhérons, tout comme nous, sont des êtres faillibles, d’autant plus exposés aux erreurs que la situation économique est difficile. Demain il faudra pouvoir les leur pardonner, ces erreurs. Et ce sera quasiment impossible si nous les avons laissés prendre la conduite de notre existence, et investir notre identité.

Ne vous voilez pas la face : considérez honnêtement votre projet, toutes les embûches qui vous attendent, tous les efforts qu’il vous faudra fournir, et quand vous en serez quasiment à renoncer sous le poids des questions et des incertitudes, alors seulement vous serez mûrs pour la 3e étape.

3e étape : l’appel de Dieu
Je relis l’Evangile de Luc : « ils prirent une grande quantité de poissons, et leur filet se rompait. Ils firent signe à leurs compagnons qui étaient dans l’autre barque de venir les aider. Ils vinrent et ils remplirent les deux barques, au point qu’elles enfonçaient. Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus, et dit: Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur. Car l’épouvante l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de la pêche qu’ils avaient faite. »
La pêche miraculeuse, ce n’est pas une partie de plaisir : les filets se déchirent, les barques manquent de couler.
C’est lorsque nous doutons de nous, de nos capacités à mener à bien ce que nous voulions faire, que nous serons prêts à recevoir la confiance de Dieu nous accorde pour le réaliser. Alors nous saurons que nous avons trouvé notre vocation.
Comment se manifeste la confiance de Dieu ?
De deux manières : par les messagers, et par la prière.
Les messagers, ce sont ceux qui viendront nous remonter le moral, nous aider, nous donner de leur temps ou de leur argent pour que nous puissions continuer, ou tout simplement nous témoigner de leur espoir qu’on y arrive parce que eux, ce projet, ils le trouvent vraiment génial. C’est la deuxième barque qui vient au secours de celle de Simon qui commence à couler.
Les messagers, et la prière
Ultimement, c’est la prière qui nous dira si nous devons continuer à écouter notre envie, qui nous montrera le chemin que Dieu prépare pour nous. Comme le dit Alexandre Vinet : « la prière est le lieu de la vérité ».Nous y présentons à Dieu nos envies, nos espoirs, nos doutes, ce que nous avons reçu des autres, et ce face à face avec l’Esprit Saint qui nous anime nous guidera vers le projet de Dieu pour nous, notre vocation.

« Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus, et dit: Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur.[…]. Alors Jésus dit à Simon: Ne crains point; désormais tu seras pêcheur d’hommes. Et, ayant ramené les barques à terre, ils laissèrent tout, et le suivirent.»

Simon répond à sa vocation ; à nous de discerner la nôtre, qui utilisera au mieux les dons que nous avons reçus.

Que Dieu nous aide donc à discerner notre vocation, et à y répondre : plombier, artiste peintre, enseignant, musicien, mère ou père au foyer, fonctionnaire au service de l’Etat, bénévole dans une association, gardien d’immeuble, …tout est possible pour autant que :
1- nous en ayons envie,
2- que nous soyons conscients des difficultés à bien y répondre, sans se tromper : Dieu seul peut nous appeler,
3- que les messagers nous aient encouragés dans la voie que nous avons choisie, et que la vérité se soit fait jour dans la prière.

Je vous propose un temps de silence, pour prier ensemble pour nos vocations, présentes et à venir, et pour les vocations de ceux dont nous serons les messagers.

Est-ce que j’ai assez de foi ?

Les apôtres dirent au Seigneur : Donne-nous plus de foi. Le Seigneur répondit : Si vous aviez la foi comme une graine de moutarde, vous diriez à ce mûrier : “déracine-toi et plante-toi dans la mer” et il vous obéirait.

Luc 17, 5-6

En marche, les endeuillés ! Oui, ils seront réconfortés !
En marche, les humbles ! Oui, ils hériteront la terre !
En marche les affamés et les assoiffés de justice ! Oui, ils seront rassasiés !

Matthieu 5, 4-6 (traduction André Chouraqui)

Pas plus tard que la semaine dernière, c’était le thème de notre aumônerie pendant le conseil presbytéral, et si l’on en croit l’évangile de Luc, visiblement la question ne date pas d’hier. Les apôtres se font déjà du souci. Vous vous souvenez peut-être de la publicité à la télé pour les biscuits Cadbury : “Dis monsieur Cadbury, tu pourrais pas les faire un peu plus longs tes fingers ?”. “Dis Jésus, tu ne pourrais pas nous donner un peu plus de foi ?” Une question qu’on se pose en général quand ça ne va pas fort. Dans la fatigue, dans la souffrance, dans les épreuves.
On aimerait bien, comme quand on était petits, que Jésus-Maman vienne s’asseoir sur le bord de notre lit pour nous raconter, comme pour le petit chaperon rouge, comment ça va – bien – se terminer. Pour nous permettre de bien dormir avec une foi regonflée à bloc.

Mais Jésus ne dorlote pas les apôtres : il les secoue : “Si vous aviez la foi comme une graine de moutarde, vous diriez à ce mûrier : “déracine-toi et plante-toi dans la mer” et il vous obéirait.”
Alors c’est ça la foi ? Un espèce de pouvoir, une baguette magique pour exaucer tous nos souhaits ? Comme pour la magie, un truc qui s’apprend, et Jésus serait là en train de dire aux apôtres qu’ils sont des cancres et qu’ils n’ont rien compris ?
Moi si j’étais à la place d’un des apôtres, je l’aurais plutôt mal pris. “Ecoute Jésus, là on est fatigués, et franchement tu pousses le bouchon un peu loin. On a tout laissé pour te suivre, tu nous a envoyés en mission avec juste nos sandales et la tunique qu’on avait sur le dos, et maintenant tu insinues que nous n’avons pas de foi parce que nous ne sommes pas capables de réaliser des choses dont tu sais parfaitement qu’elles sont impossibles ?”
Et j’imagine bien Jésus en train de répondre : “Que vous êtes tous fatigués ce soir, je le vois bien – vous n’avez même plus le sens de l’humour. Je le sais bien que ce mûrier ne va pas se déraciner, pour courir jusqu’à la mer. D’ailleurs, franchement, à quoi ça servirait ?
Mais là tout de suite si je vous disais qu’à nous tous nous allons changer la vie de millions de gens pendant des milliers d’années, vous me croiriez ?”
- “Ça paraît un peu fou, mais si tu le dis… de toutes façons on te suit”.
- “Eh bien c’est ça la foi. C’est se mettre en marche pour me suivre”

André Chouraqui est avocat, écrivain, penseur et homme politique franco-israélien, qui est connu pour sa traduction de la Bible et du Coran. André Chouraqui a révolutionné la lecture de la Bible en la décapant des lourdeurs d’interprétation dogmatique, pour redonner aux mots leur signification primitive. Il dit dans son autobiographie : “Pour moi croire ne consiste pas en une démarche intellectuelle disjointe des réalités de la vie – de ma vie. En hébreu la foi se dit emouna, une racine qui a donné au français le mot amen. Ce mot exprime l’état d’être de ce lui qui adhère, qui acquiesce à ce qu’il entend ou à ce qu’il voit. La foi est ici acte d’adhésion, d’acquiescement à une personne ou à une idée qui s’incarne dans l’homme en état d’amen, en état de dire amen. Il s’agit beaucoup plus que de tenir une chose pour véritable ou d’en être persuadé. La foi qui est adhésion et adhérence engage non seulement le jugement, mais l’être tout entier de l’homme : sa chair, sa pensée, son action.”
Notre foi chrétienne est adhésion au Christ. Elle consiste à se mettre en marche pour le suivre.
Nous avons lu tout à l’heure les Béatitudes. Heureux qui… Le terme heureux traduit le grec Makarioi, qui fait référence à une forme de bonheur un peu extatique.
Pour André Chouraqui, ce n’est pas la compréhension qu’il faut avoir de ces béatitudes, qui reprenne une formulation qui existe déjà dans les psaumes de la Bible hébraïque.
Nous avons ouvert ce culte avec le psaume 84, qui fait partie de la prière de l’après-midi à la synagogue les jours de sabbat :
Heureux ceux qui habitent ta maison !
Ils te loueront encore
Heureux les hommes dont la force est en toi !
Ils ont dans leur cœur des routes toutes tracées !
En hébreu, heureux se dit אשרי ’ašrey qui a la même racine que אשר ’iššer, marcher. C’est bien l’idée que nous en donne le psaume 84 : le bonheur de l’homme qui, parce qu’il a mis sa confiance en Dieu, s’est mis en marche sur le chemin que Dieu lui indique, qui comme le chante le psaume 84 “a dans dans son cœur des routes toutes tracées”
Pour André Chouraqui, le bonheur des béatitudes, improprement nommées donc, n’est pas un bonheur extatique béat, mais un bonheur dynamique, un bonheur qui met de l’entrain – et il traduit le grec makarioi qui traduit l’hébreu ašrey par “en avant, en marche” – ce qui donne par exemple , au lieu de
Heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés ;
En marche, les endeuillés! Oui, ils seront réconfortés!

La foi nous met en marche – au sens littéral : elle appuie sur le bouton “ON” qui va nous faire avancer. La foi est une grâce qui nous est donnée : c’est Dieu qui appuie sur le bouton. C’est la raison pour laquelle Jésus taquinait les disciples. Quand ils disent qu’ils veulent plus de foi, la question est mal posée. Soit ils sont “ON” soit ils sont “OFF”. Soit ils ont la foi, et ils se mettent en marche pour suivre le Christ, soit ils sont OFF et à ce moment là tous les prétextes sont bons pour rester assis : “ce n’est pas la peine, on n’a pas assez de foi, c’est impossible, il y en a qui ont déjà essayé et ils n’y sont pas arrivés, etc.”.

Est-ce que j’ai assez de foi ?
Mais alors, c’est idiot de se poser cette question ? Ça veut peut-être même dire que si je doute, je n’ai pas la foi ? C’est Luther qui vient ici nous rassurer. Luther était très angoissé par cette question, et il a trouvé la réponse dans l’épître aux Romains, au chapitre 1, verset 17 : “C’est en lui, en effet, que la justice de Dieu est révélée par la foi et pour la foi, selon qu’il est écrit : Celui qui est juste par la foi vivra (Habaquq 2, 4,).” Il comprend que notre foi nous met en marche, en dépit des doutes et des erreurs qui nous font chuter. C’est ce “en dépit de” qui nous sauve : bien que nous soyons pénitents, c’est à dire que nous ayons conscience du fossé immense qui sépare ce que nous sommes et ce que nous cherchons à être, nous ne perdons pas courage et nous continuons à avancer, malgré tout. Celui qui est juste par la foi vivra, ça veut dire : celui qui fait pénitence, c’est à dire qui porte sur lui-même un regard réaliste, qui se juge à son exacte valeur, celle d’un homme qui fait ce qu’il peut avec ce qu’il a, cet homme là, c’est la foi qui lui permet de vivre malgré la conscience de l’échec qui le guette a tout moment. “Toujours pécheur, toujours pénitent, toujours juste” résume Luther.
Alors se poser la question Est-ce que j’ai assez de foi ? c’est simplement pour Luther faire pénitence, c’est à dire avoir conscience de nos limites, et se faire du souci parce que l’on voudrait quand même continuer à avancer. C’est ce quand même qui, comme le dit Paul nous fait saints, sans tache et sans défaut aux ueux de Dieu ; ce quand même fait de nous des justes.

La foi qui déracine les mûriers ou qui soulève les montagnes, c’est la confiance que l’homme a que Dieu a confiance en lui. Comme le petit enfant qui apprend à marcher a confiance en ses parents de sa capacité à marcher, et qui donc se lance pour ses premiers pas. Une confiance qui fait avancer et se relever, malgré les chutes inévitables.

Il y a beaucoup de gens autour de nous qui disent : je ne suis pas croyant. Ma belle-soeur Pascale en faisait partie. A ses obsèques il y a 15 jours, il n’y a pas eu de cérémonie religieuse, juste un hommage avec le témoignage de son mari, de ses enfants, et d’un ami de la famille prêtre ouvrier qui a dit : “Pascale me disait : ‘je ne suis pas croyante’ ; je vous le dis tout de suite – c’était du baratin”. Et il a rappelé ensuite combien elle avait su être présente pour relever autour d’elle les gens qui étaient dans les ennuis. Ils la remerciaient – ou pas, elle se faisait avoir – ou pas, mais elle continuait quand même. C’est donc que sa confiance à elle pour recommencer quand même n’était pas dans l’homme, car sinon je pense qu’elle aurait fini pas se lasser, mais dans un ailleurs qu’elle n’appelait pas Dieu, et c’est pour ça qu’elle disait qu’elle n’était pas croyante. J’ai envie de dire : Dieu merci. La foi n’est pas la croyance en un Dieu assis sur un petit nuage rose qui nous regarderait de là-haut. La foi est la grâce qui nous met en marche pour suivre le chemin que le Christ nous a proposé il y a deux mille ans – un chemin qui reste toujours d’actualité.

La foi met en marche, l’espérance donne le cap (on dit bien le cap de Bonne espérance ;-) ) l’espérance est notre GPS, et l’amour, eh bien l’amour c’est le carburant.
La voiture n’avance pas toujours comme nous le souhaiterions.
Il y a les fois où les doutes nous font caler, et nous n’avons plus qu’à attendre que Dieu ré-appuie sur le bouton.
Il y a les fois où on perd l’espérance, et on tourne en rond à se regarder le nombril en se disant que tout est fichu.
Mais jamais l’amour de Dieu ne vient à manquer, et c’est cet amour qui vient ré-appuyer sur le bouton ou régler le GPS, autant de fois qu’il le faut, un amour qui brûle en nous vers les autres pour nous faire avancer;

Quand j’aurais même toute la foi qui transporte des montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien.
Or maintenant trois choses demeurent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais c’est l’amour qui est le plus grand.

Èhiè ashèr èhiè

Exode 3,14 à 15
Moïse dit à Dieu : Supposons que j’aille vers les israélites et que je leur dise : « le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous. » S’ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ?
Dieu dit à Moïse : Je serai qui je serai. Et il ajouta : C’est ainsi que tu répondras aux israélites : « Je serai »   m’a envoyé vers vous. » Dieu dit encore à Moïse : Tu diras aux israélites : « C’est le Seigneur, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, qui m’a envoyé vers vous. » C’est là mon nom pour toujours, c’est mon nom tel qu’on l’évoquera de génération en génération.

Drôle de Dieu que le nôtre. Moïse lui demande comment il s’appelle, et la réponse en hébreu est : Èhiè ashèr èhiè. Compte tenu de la conjugaison du verbe être en hébreu, Èhiè ashèr èhiè peut se traduire de plusieurs manières : je serai qui je serai, ou je suis celui qui est, ou je suis qui je suis.
Trois traductions possibles et trois significations possibles.
Je serai qui je serai
Autrement dit, quoi qu’il arrive, je serai là, avec vous. Et d’ailleurs, le texte précise : C’est là mon nom pour toujours, c’est mon nom tel qu’on l’évoquera de génération en génération, et quand Moïse craint de ne pas être à la hauteur pour défendre les Hébreux, Dieu lui répond : “Maintenant, va, je serai moi-même avec ta bouche, et je t’enseignerai ce que tu devras dire”.Ne t’inquiète pas, aie confiance en toi, je serai là, toujours, avec toi, et je t’inspirerai les paroles qu’il faut dire.
Je suis celui qui est
Autrement dit je suis le principe même de l’existence, je suis la vie. Une version antérieure de l’évangile de Jean en haut à gauche de ce temple: Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie.
Et le texte décrit d’ailleurs : Le Messager du Seigneur lui apparut dans un feu flamboyant, du milieu d’un buisson. Moïse vit que le buisson était en feu mais que le buisson ne se consumait pas.
C’est la traduction qui a été retenue dans la traduction grecque de la Bible, celle qui a été faite au tournant de notre ère pour que les juifs du monde antique qui ne parlaient plus ou mal l’hébreu puisse continuer à lire la Bible.
Je suis qui je suis
C’est la version qu’Antoine Nouis avait illustrée en disant que ça s’apparentait à la situation suivante : le téléphone sonne. Moïse répond allo , qui est à l’appareil ? Et Dieu lui répond : celui qui appelle – qu’est-ce que ça peut te faire comment je m’appelle ? Et d’ailleurs le texte dit plus loin : Moïse répondit : Ils ne me croirons pas ; ils ne m’écouteront pas. Ils diront : « Le Seigneur ne t’est pas apparu ! » Le Seigneur lui dit : Qu’y a-t-il dans ta main ? Il répondit : Un bâton. Il dit : Jette le par terre. Il le jeta par terre et le bâton devint un serpent. Moïse se mis à fuir pour lui échapper. Le Seigneur dit à Moïse : Tends ta main et saisis-le par la queue. Il tendit la main et le saisit : le serpent redevint un bâton dans sa main. C’est afin qu’ils croient que le Seigneur, le Dieu de Jacob, t’est apparu. Autrement dit, peu importe qui est Dieu, ce qui est important, c’est comment sa puissance se manifeste dans nos vies.
Alors maintenant, quelle est la traduction que vous avez envie de choisir ?
Je serai qui je serai ?
Je suis celui qui est ?
Je suis qui je suis ?
Je vous laisse un peu de temps pour y réfléchir.
Pour moi, celle qui m’a parlé le plus quand j’ai préparé ce culte, c’est la dernière. Je suis qui je suis. Autrement dit, Moïse, peu importe ce que tu me demandes : ce n’est pas la bonne question.
Quelle était la question de Moïse ?
Supposons que j’aille vers les israélites et que je leur dise : « le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous. » S’ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ?
C’est vrai que ça semble un peu bizarre que les Hébreux demandent à Moïse qui est le Dieu de leurs pères. Parce qu’aujourd’hui, on imagine mal si je dis aux enfants du KT : “Nous sommes ici aujourd’hui pour célébrer le culte au nom du Dieu de vos parents” qu’ils me demandent : “Comment il s’appelle ?” Qu’est-ce que vous voulez que je leur réponde si ce n’est “…ben Dieu, il s’appelle Dieu”.C’est le sens de la réponse : je suis qui je suis. Si on demande à Dieu comment il s’appelle, comment voulez-vous qu’il réponde autre chose que “je suis Dieu” c’est à dire “je suis qui je suis”? Dieu est Dieu. Il ne peut pas avoir de nom. C’est pour ça que la tradition juive évite même de prononcer le nom de Dieu. Quand un juif lit la Bible, il remplace le nom de Dieu par “Seigneur”.
Pourquoi est-ce que Dieu ne peut pas avoir de nom ?
On va commencer par se demander ce que ça veut dire, avoir un nom.
Les objets ont un nom : voici ma Bible, le micro, mon pull, la table où nous partagerons tout à l’heure la communion. Vous les voyez, et même si vous ne les voyez pas, vous comprenez ce que je veux dire.
Les personnes ont un nom. Je m’appelle Françoise. J’ai préparé le culte avec Cynthia, Kinsy, Aurélie,Hélène, Colette, Emmanuel, Kahindo, Jacques, André, Margherita, …Ils sont là et si demain j’en parle, qu’ils soient là ou pas, vous saurez de qui je veux parler.
Les idées ont un nom : la liberté, la fraternité. Même si ont ne peut pas les toucher, on peut les reconnaître. Un esclave n’est pas libre. Si je persécute quelqu’un, je ne le traite pas comme un frère.
Tout ce que notre intelligence peut comprendre a un nom.
Dieu n’a pas de nom parce qu’il est au-delà de mon intelligence. Dès que je commence à vouloir réfléchir à ce qu’il est, je l’enferme dans quelque chose. Qu’est-ce que ça veut dire, enfermer Dieu dans une définition ?
C’est bientôt Noël. La question piège de mes enfants, c’est : Maman, qu’est-ce que tu aimerais avoir à Noël comme cadeau ? Il y a deux types de réponses.
La première c’est : Pour Noël, ce qui me ferait plaisir, c’est le T-shirt que vous avez vu dans le catalogue des goélands avec le dessin de Jésus qui tient une mitrailleuse et le texte en-dessous : Jésus revient…et il est pas content. Ça serait bien pour animer les prêches.
La deuxième réponse, c’est : moi j’aime bien les surprises – faites-moi une surprise ?
Avec la première réponse, j’enferme les enfants dans ma définition à moi du cadeau qu’ils doivent m’offrir, mais si ça tombe, ils avaient une autre idée géniale, et je ne saurai jamais laquelle.
Dans la deuxième réponse, je les laisse libre d’exprimer leur amour, je ne les limite pas.
Enfermer Dieu dans une définition, c’est pareil, c’est le limiter par nos mots dans quelque chose qui ne pourra jamais être à la hauteur de ce qu’il est vraiment.
Donc ne pas nommer Dieu, c’est accepter de ne pas l’enfermer dans les limites de notre intelligence, et le laisser nous faire la surprise, nous donner la grâce qui nous étonne, Amazing grace,comme nous l’avons chanté ensemble tout à l’heure.
Je suis qui je suis : Alors c’était ça la bonne réponse ?
Bien sûr que non. Il n’y pas de bonne réponse.
Je serai qui je serai
Je suis celui qui est
Je suis qui je suis
Les trois sont bien, et si ça tombe, pour vous, c’est un texte qui évoque encore autre chose que ce que j’en ai dit.
Parce c’est comme ça que la Parole de Dieu agit sur nous.
J’avais la semaine dernière pour le cours de théologie systématique à préparer un exposé sur Brevard Springs Childs.
Qui sait qui est Brevard Spings Childs ?
Moi non plus je n’en avais aucune idée. J’ai commencé par vérifier que Brévard c’est bien un prénom, pour lire que les Américains disent sans mollir que c’est un prénom d’origine française, qui vient du vieux français bref qui veut dire petit.
A part ça, il avait exactement l’âge de mon père, et il est mort la même année. 1923-2007.
Brevard Springs, en français mot à mot, le petit ressort, ça fait penser à Zébulon, pour les plus jeunes d’entre vous qui ont suivi le Manège enchanté à la télé, mais en vrai la photo que j’ai trouvée sur internet est celle d’un très sérieux professeur de sciences bibliques, lunettes d’intello incluses, de l’université de Yale aux Etats-Unis.
Ceci étant, j’aime bien le bon sens avec lequel il revient sur l’illusion qui consisterait à penser qu’un jour on trouverait le “vrai” texte de la Bible, celui qui a été écrit en premier, la suite n’étant que rajouts inutiles ou fautes de copistes maladroits. Et une fois ce texte “primitif” trouvé, débarrassés de tous les doutes et de toutes les variantes de textes qui nous encombrent, on pourrait enfin lire le vrai témoignage authentique de l’histoire du peuple de Dieu.
Brevard Childs nous met en garde contre cette utopie historique. Il remet la Bible au centre de nos vies de croyants, en tant que texte produit par une communauté de croyants qui transmet de génération en génération la parole de Dieu.
Et la parole n’est pas figée. On ne peut pas enfermer Dieu dans une histoire. Dieu a agi avec les générations qui nous ont précédés, et continue à agir avec nous par sa Parole. La communauté chrétienne à laquelle nous appartenons a eu la sagesse de conclure qu’à un moment, l’essentiel était dit, et de clore les ajouts qui pourraient être faits à notre Bible. La Bible n’est pas une vérité historique. La Bible est le choix qu’ont fait les juifs et les chrétiens pour transmettre ce que Dieu leur avait dit. Ils l’ont transmis comme ils ont pu, avec les limites de leur intelligence humaine, et ils l’ont transmis avec leur foi, et avec l’Esprit Saint qui les animait.
Le seul intérêt des sciences bibliques, ces sciences qui étudient le texte en tant qu’œuvre littéraire écrite il y a deux mille ans en hébreu et en grec, c’est de mieux comprendre ce que voulaient dire ceux qui l’ont écrit, au moment où ils l’ont écrit. Ce n’est pas de chercher une vérité ultime, car il n’y en a pas.
Ou plutôt si. La seule vérité ultime de la Bible, c’est de nous interpeller aujourd’hui ; comme le dit Jacques Gruber, de venir rebondir sur ce texte, et à chaque rebond, d’explorer une nouvelle direction.
La richesse de Èhiè ashèr èhiè, c’est son ambiguité, le fait qu’on puisse le traduire et le comprendre de plusieurs façons. La parole de Dieu ne se laisse pas enfermer dans une seule signification. Elle vient jouer avec nos vies, dans nos vies. Dieu ne se laisse pas enfermer dans un nom, dans une définition, dans un texte. Il est celui qui revient sans cesse m’étonner, me surprendre, pour me libérer de l’esclavage de mes certitudes et de mes peurs.
Quand tous les saints se mettent en marche, quand le soleil refuse de briller, quand la lune se change en sang et quand les étoiles se mettent à tomber, bref, quand toutes nos certitudes s’écroulent, Seigneur, nous faisons partie de cette communauté croyante qui garde et transmet l’espoir parce que, génération après génération, ta grâce étonnante vient nous surprendre.

Un problème bien posé est à moitié résolu ?

Efforcez vous de discerner ce qui plaît au Seigneur.

Épître aux Éphésiens, chapitre 5 verset 10

1S 16,1-13
Jn 9,1-41
Ep 5,8-14

Vaste programme. Les lectures de ce matin, que nous partageons aujourd’hui avec tous nos frères chrétiens, ont été copieuses. Soixante versets, qui nous racontent deux histoires, dans le 1er livre de Samuel avec l’élection de David, et dans l’évangile de Jean avec le récit d’un miracle. Deux histoires qui se résument par l’exhortation de l’épître aux Ephésiens : “Efforcez vous de discerner ce qui plaît au Seigneur“.

Et nous voilà à devoir affronter deux difficultés :

-         la première, c’est de poser le problème à résoudre,

-         et une fois le problème posé, parmi toutes les solutions possibles, c’est de choisir la bonne solution, celle qui plaît au Seigneur;

On dit toujours : un problème bien posé est à moitié résolu.

Poser un problème, ça veut bien dire ce que ça veut dire : en faire un objet que je vais pouvoir poser là, devant moi, pour pouvoir le regarder de tous les côtés.
Le prophète Samuel a un problème : il a désigné Saül comme roi d’Israël, et Saül s’est montré mesquin dans la victoire. Il a transformé la mission sainte que lui avait confiée le Seigneur en une minable razzia chez les voisins, tout ça pour se faire un butin.

Ce qui fait dire au Seigneur au chapitre 15 v 11 :”Je regrette d’avoir investi Saül de la royauté, car il s’est détourné de moi et il n’a pas exécuté mes paroles“.Et le texte continue :”Samuel en fut fâché, il cria vers le Seigneur toute la nuit“. Ça fait sourire : on n’a franchement aucune peine à s’identifier à Samuel, là, en train de ronchonner toute la nuit contre le Seigneur. Mais le Seigneur supporte les ronchonnements de Samuel. Puis, sans doute quand il estime Samuel suffisamment calmé, il l’aide a poser le problème. Car le problème n’est pas de s’être trompé avec Saül, le vrai problème est qu’il faut choisir un nouveau roi digne du destin d’Israël.

C’est le début de notre texte du jour. Le Seigneur secoue Samuel : “Jusqu’à quand pleureras-tu sur Saül ? Moi, je l’ai rejeté, il ne sera plus roi sur Israël“. Le Seigneur ordonne à Samuel de déshabiller le problème de tout affectif : OK – nous nous sommes trompés, mais c’est fait. Rien ne sert de se lamenter dans l’erreur : il faut avancer.

Poser un problème, c’est le déshabiller de toutes nos projections, nos culpabilités, nos angoisses. Toutes ces émotions avec lesquelles nous avons déguisé notre problème en autre chose que ce qu’il est vraiment. Et c’est seulement une fois que nous avons fini de déshabiller notre problème, que nous pouvons le poser, nu, devant nous, le regarder pour ce qu’il est, et commencer à chercher des solutions.

“Moi, je l’ai rejeté, il ne sera plus roi sur Israël. Remplis ta corne d’huile et va. Je t’envoie chez jessé le Bethléhémite, car j’ai vu mon roi parmi ses fils”

Une fois le problème bien posé, Samuel est prêt à écouter le Seigneur qui le guide pas à pas vers la solution :

“Tu inviteras Jessé au sacrifice ; je te ferai savoir moi-même ce que tu dois faire, et tu conféreras pour moi l’onction à qui je te dirai.”

L’épître aux Ephésiens nous le dit “ne vous associez pas aux œuvres stériles de ténèbres, mais plutôt dévoilez-les. En effet, ce qu’ils font en secret, il est choquant même d’en parler. Mais tout cela, une fois dévoilé, est rendu manifeste par la lumière.

Au fond, c’est de courage qu’il s’agit. Avoir le courage de poser le problème tel qu’il est. Pour Paul Tillich, ce théologien allemand qui a fui le nazisme pour enseigner à Chicago, il y a trois sortes de peurs à affronter :

Il y a la peur de la culpabilité – c’est celle qui bloque Saül dans le regret de son erreur,

Il y a la peur de la mort – c’est celle qui fait que, dans le texte du Nouveau Testament que nous avons lu, les parents n’osent pas parler, “Nous savons que c’est notre fils et qu’il est né aveugle ; mais comment il se fait qu’il voie maintenant, nous ne le savons pas, et qui lui a ouvert les yeux, nous, nous ne le savons pas non plus.Interrogez-le, il est assez grand pour parler lui-même de ce qui le concerne.”

Et le texte nous explique : “Ses parents dirent cela parce qu’ils avaient peur des Juifs ; car déjà les Juifs s’étaient mis d’accord : si quelqu’un reconnaissait en lui le Christ, il serait exclu de la synagogue”

Et à l’époque, être exclu de la synagogue, cela signifie la mort sociale, voire la mort tout court.

Angoisse de la culpabilité, angoisse de la mort.

La troisième et dernière peur, c’est celle qui fait que les pharisiens ne comprennent rien au comportement du rabbi Jésus qui enfreint leur Loi. C’est la peur de l’absurde. Comment se peut-il que la Loi, qui leur a servi de guide tout au long de leur vie pieuse, puisse être mise en défaut ? Ça n’a pas de sens pour eux, c’est totalement absurde.

Affronter ces trois formes d’angoisses, pour Paul Tillich, c’est avoir le courage de s’affirmer, d’être soi.

Vous serez d’accord avec moi : ce courage-là, il est beaucoup plus facile de l’avoir avec à ses côtés celui qui a nous dit « Venez à moi vous tous qui peinez sous la charge ; moi je vous donnerai le repos » (Mt, 11,29). Et voilà la bonne nouvelle : non seulement la parole de Dieu nous donne le courage de voir nos problèmes tels qu’ils sont, mais en plus elle nous apporte la solution qui va avec, car “l’homme voit ce qui frappe les yeux, mais le Seigneur voit au cœur“.

Le récit de guérison dans le Nouveau Testament est une démonstration magistrale de la la capacité que l’Évangile à trouver de bonnes solutions, et de nous les enseigner, à la mode orientale, en nous racontant une longue histoire, qui est un vrai vaudeville, sur le mode “attrape-moi si tu peux”.

Dans le récit de ce matin, le problème de Jésus, c’est de venir en aide à l’aveugle un jour du sabbat. Alors qu’il est déjà dans le collimateur des Juifs du temple, Jésus aggrave son cas en bravant l’interdit, et son geste risque de mettre aussi en péril celui qu’il veut guérir. Alors il joue un bon tour à ces Juifs paralysés par la peut de l’absurde. Il met de la boue sur les yeux de l’aveugle et lui dit : “va te laver les yeux dans le bassin de Siloam” – le texte nous met les points sur les i en précisant que ça veut dire “Envoyé” donc Jésus envoie l’aveugle au diable vauvert ; il se garde bien de le guérir tout de suite – il se donne le temps de disparaître de la scène. Et comme il a disparu de la scène avant que l’aveugle ne recouvre la vue, c’est en toute bonne fois que cet homme peut répondre à l’interrogatoire des juges pharisiens du temple en témoignant qu’il ne sait pas qui l’a guéri, et leur renvoyer leur question à la figure :”Voilà bien ce qui est étonnant, que vous, vous ne sachiez pas d’où il est, alors qu’il m’a ouvert les yeux!

Et c’est tout à la fin seulement, lorsqu’il ne risque plus rien, que Jésus se révèle à celui qu’il a guéri : “Tu l’as vu ; celui qui parle avec toi, c’est le fils de l’homme“.

Mais pour les pharisiens qui refusent de le suivre, la conclusion est sans appel : : “Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché. Mais maintenant vous dites : nous voyons ; aussi votre péché demeure.” Autrement dit, puisque vous vous entêtez à refuser d’admettre l’évidence que j’incarne, vous continuez dans la mauvaise voie.

“Efforcez vous de discerner ce qui plaît au Seigneur.”

La réponse que nous ont donnée ces textes se résume en trois points :

-         Premier point : par sa Parole, Dieu nous aide à affronter nos peurs :
A partir du moment où – comme nous l’a rappelé Antoine Nouis – nous sommes tous saints, sans défaut et sans reproche (Col 1, 22), ça donne la moelle pour affronter nos angoisses. Notre Seigneur est un Dieu miséricordieux : il est à nos côtés comme avec Samuel, pour nous donner le courage d’être nous mêmes, d’affronter nos peurs.

-         Deuxième point : Le courage d’affronter nos peurs nous permet de poser nos problèmes correctement en les déshabillant de toutes nos angoisses. Jésus nous en donne l’exemple : avant de braver l’interdit du sabbat, il a parfaitement analysé les risques qu’il courait et ceux qu’il fait courir à l’homme qu’il veut guérir, et il agit en conséquence.

-         Ce qui nous amène au troisième et dernier point :
En même temps que le courage de poser notre problème, nous recevons de notre Père l’Esprit-Saint qui nous souffle la bonne solution, que nous trouverons en suivant Jésus. C’est ce à quoi nous invitait Antoine dimanche dernier avec le v 27 du chapitre 3 de l’épitre aux Galates : “Vous tous qui avez reçu le baptême du Christ, vous avez revêtu le Christ“.
Une fois notre problème déshabillé et mis à nu, il suffit que nous nous revêtions le Christ pour trouver la bonne solution:

Nous sommes arrivés au terme de l’enseignement – copieux – de ce matin. Nous voilà donc à même de comprendre toute la portée de ce verset de l’épitre aux Ephésiens

Vivez comme des enfants de lumière ; car le fruit de la lumière consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité.”

-         La bonté de l’amour que nous recevons par la foi, amour qui nous pardonne quoi qu’il advienne et nous donne ainsi la force d’être nous mêmes,

-         La vérité qui se dévoile du problème grâce au courage de le poser correctement.

-         La lumière qui parce que nous avons revêtu Christ, nous guide vers la juste solution.

Amen.

Ce souffle qui nous chatouille

Aussitôt un grand vent souffla, avec une violence telle qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers devant le Seigneur ; mais le Seigneur n’était pas présent dans ce vent. Après le vent il y eut un tremblement de terre ; mais le Seigneur n’était pas présent dans le tremblement de terre. Après le tremblement de terre il y eut un feu ; mais le Seigneur n’était pas présent dans le feu. Après le feu il y eut le bruit d’un léger souffle.
1er Livre des Rois, chap.19, versets 11-12

Jean rendit ce témoignage: J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et s’arrêter sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser d’eau, celui-là m’a dit: Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et s’arrêter, c’est celui qui baptise du Saint Esprit. Et j’ai vu, et j’ai rendu témoignage qu’il est le Fils de Dieu.
Évangile selon Jean, chap.1, versets 32-34

Ils étaient tous dans l’étonnement, et, ne sachant que penser, ils se disaient les uns aux autres: Que veut dire ceci? Mais d’autres se moquaient, et disaient: Ils sont pleins de vin doux.
Actes des Apôtres, chap.2, versets 12-13

Dans le premier texte, l’Esprit de Dieu insuffle à Élie le courage de continuer.
Dans le second, Jean témoigne que Jésus reçoit pour nous le Saint-Esprit que son Père lui envoie.
Dans le troisième, nous voyons cet Esprit à l’œuvre avec les Apôtres, sous le regard ébahi de la foule.

Trois textes, trois témoignages de l’Esprit de Dieu à l’œuvre.
Ce sera le thème de notre réflexion aujourd’hui : l’Esprit de Dieu à l’œuvre dans nos vies.

Je voudrais commencer avec ce qui me semble une grande source de malentendu. Pourquoi – diable :-) – avons nous traduit le terme grec de pneuma par Esprit ?
Le mot Esprit me fait penser à un fantôme invisible et baladeur, qui viendrait nous rendre visite de temps à autres. Me vient à l’esprit l’image de la fée Clochette dans le film Peter Pan de Walt Disney : on la voit à un moment qui volète d’un point à l’autre en semant des étoiles. Voilà à quoi me fait penser le mot Esprit. Une espèce de baguette magique incontrôlable qui se balade où bon lui semble. Et Dieu nous enverrait cette fée charmante mais un peu irresponsable pour venir nous aider de temps à autre ?
C’est faire bien peu de cas de l’amour que Dieu nous porte, que de penser qu’il s’en remettrait à un esprit baladeur pour nous venir en aide.
Pneuma – qui en grec veut dire souffle, esprit – traduit l’hébreu Rouar qui veut dire vent, souffle, pensée. Souffle/pensée au sens de ce qui fait de nous des êtres vivants qui communiquent entre eux. Comme le premier souffle qui fait pousser un cri au nouveau-né, comme ces paroles que l’on murmure à l’oreille de la personne que l’on aime, comme ce dernier souffle que l’on recueille sur les lèvres des mourants.
Ce mot souffle porte pour moi deux notions qui sont complètement perdues lorsque l’on utilise le mot Esprit.
La première, c’est qu’un souffle ne peut pas être immobile, statique. Par définition, le souffle est mouvement, dynamique, communication, pont jeté entre deux vies.
La seconde, c’est que ce mouvement est orienté : il ne batifole pas. Il vient de quelque part pour aller quelque part. Le souffle de vie est une respiration, tantôt aspiration et tantôt expiration, de l’extérieur vers l’intérieur de nous-mêmes, puis de l’intérieur vers l’extérieur. Le souffle que Dieu nous envoie, qui nous pénètre, et que nous soufflons à notre tour vers les autres. Le souffle est mouvement perpétuel de l’amour de Dieu vers l’homme, puis au travers de l’homme vers les autres.
Donc, si vous le voulez bien, je continuerai notre réflexion en parlant de souffle d’Amour et non plus d’Esprit Saint.

Des textes – denses – que nous avons lus, je vous propose aujourd’hui d’approfondir les deux points suivants :

Tout d’abord, dans Élie à l’Horeb, nous voilà face à un homme à bout, profondément dépressif, qui n’en peut plus et qui veut mourir. Et on imagine que Dieu dans sa toute-puissance va voler au secours de son grand prophète.
Mais le texte nous dit :
“il y eut un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers: l’Éternel n’était pas dans le vent. Et après le vent, ce fut un tremblement de terre: l’Éternel n’était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, un feu: l’Éternel n’était pas dans le feu. Et après le feu, un murmure doux et léger.”
C’est dans ce léger souffle qu’Élie reconnaît Dieu. Le texte hébreu est encore plus beau et poétique : il écrit non pas “un léger souffle” mais “la voix d’un silence ténu”. Une voix qui parle silencieusement à Élie, et qu’Élie reconnaît.
Face aux difficultés de la vie, nous sommes seuls, seuls à devoir décider. Mais la bonne nouvelle, c’est que notre solitude-même crée un vide, une dépression. Et ce vide, cette dépression, engendrent l’aspiration que le souffle d’Amour vient combler – jusqu’à notre dernier souffle où son Amour nous envahit tout entier..
Aspirer à l’Amour de Dieu nous est aussi naturel que de respirer, et ce souffle nous libère.

Ce qui m’amène à mon 2e sujet de réflexion, qui porte sur le texte des Actes des Apôtres, qui conclut :
« Tous étaient stupéfaits, et perplexes ils se disaient l’un à l’autre : “Qu’est-ce que cela veut dire ?” mais d’autres raillaient et disaient : “Ils sont pleins de vin doux”. »
Le Nouveau Testament se met à faire de l’humour. Il écrit “Ils sont pleins de vin doux” comme on dirait aujourd’hui “Ils ont pété un câble”.
Voilà que tous autant que nous sommes, lorsque le souffle d’Amour nous traverse, notre comportement devient surprenant – pour ne pas dire bizarre – pour ceux qui nous connaissent. Honnêtement, qui d’entre vous ne s’est pas un jour ou l’autre senti animé d’une pulsion subite pour faire quelque chose d’inhabituel pour venir en aide à quelqu’un ? Quitte à devoir faire ensuite le grand écart pour se justifier auprès de nos proches ? C’est sans doute la plus grande liberté qui nous soit donnée, d’accepter de péter un câble pour la plus grande gloire du souffle d’Amour. N’ayons pas peur : nous ne sommes pas parfaits, et donc le pétage de câble ne nous guette pas à tous les tournants de la vie. La plupart du temps, nos imperfections et notre sens du politiquement correct nous mettent à l’abri. Mon message aujourd’hui est : sachons quand même nous laisser aller. N’ayons pas peur d’être nous-mêmes, vraiment nous-mêmes, en nous laissant aller quand le souffle d’Amour nous chatouille. Peu importe le qu’en dira-t-on.
A une époque qui était autrement guindée que la nôtre, Albert Schweitzer appelait déjà ses ouailles à se libérer de la bienséance et de la politesse pour aller spontanément vers les autres – il nous dit dans un sermon daté de juillet 1919 : “Là où la loi et le cœur entrent en conflit, la force de l’esprit nous délivrera de la force de la loi. L’esprit nous autorise à faire connaître notre “douceur” à tous ceux qui pourront s’en trouver heureux, comme nous sommes en droit d’accueillir la douceur d’autrui, sans nous laisser inhiber par tout ce qui dans la vie ordinaire nous condamne à être les uns pour les autres comme des étrangers. De cette manière donc, nous tenterons de devenir des hommes sensibles et naturels, et nous répandrons autour de nous cet évangile de la simplicité du cœur dont notre monde a tellement besoin. Et c’est ainsi que nous contribuerons à la formation d’un nouvel esprit d’humanité”.
C’est un maître en pétage de câble qui nous parle, qui laisse tomber une carrière académique et de grand musicien pour aller bâtir un dispensaire au fin fond du Gabon. Reprendre des études de médecine à 30 ans, il fallait être fou, et toute sa famille avait cherché à l’en dissuader. Il écrit dans ses mémoires : “Lorsque je me présentai, en qualité d’étudiant, au professeur Fehling, alors Doyen de la faculté de médecine, il m’eût volontiers adressé à l’un de ses collègues de psychiatrie”.
Nous ne sommes pas des Albert Schweitzer, et nous ne finirons pas Prix Nobel – enfin vous je ne sais pas, mais moi pas. Je prends simplement cet exemple pour que, tous autant que nous sommes, face à nos pétages de câble ou à ceux de nos proches, nous y réfléchissions à deux fois avant de mettre les bâtons dans les roues, ou de critiquer comme loufoques des initiatives jugées trop généreuses.

Mais comment savoir ? Où tracer la frontière entre souffle d’Amour et folie ? Ça n’est sans doute pas si simple puisque Paul lui-même écrit : « Où est-il le sage ? Où est-il l’homme cultivé ? Où est-il le raisonneur de ce temps ? Dieu n’a-t-il pas frappé de folie la sagesse du monde ? » (1Co, 30)
Je vous propose un premier élément de réponse – donné par Albert Schweitzer, toujours dans ses mémoires, lorsqu’il relate ses adieux à sa paroisse avant de partir au Gabon : « Mon dernier sermon à Saint-Nicolas était consacré à la bénédiction de l’apôtre Paul dans l’épître aux Philippiens (Phil 4,7) ” Que la paix de Dieu qui surpasse l’intelligence, garde vos cœurs et vos esprits en Jésus-Christ”, paroles par lesquelles, pendant des années, j’avais toujours terminé le culte.”.»

La paix de Dieu qui surpasse l’intelligence.

Ce qui rejoint la très utile boussole que nous a donnée le pasteur François Anglade à l’occasion de l’une des réunions Alpha organisées par la paroisse en 2008.

Si, chatouillés par le souffle d’Amour, votre esprit rationnel vous interpelle pour vous demander si vous n’êtes pas en train de commettre une folie, posez-vous les 3 questions suivantes :
1- est-ce que c’est conforme aux Ecritures ?
2- est-ce que ça va vers plus d’Amour ?
3- est-ce que cette décision m’apporte la paix et la sérénité – la paix de Dieu au sens de Philippiens 4,7 celle qui surpasse l’intelligence ?

Si la réponse aux 3 questions est oui, alors allez-y, et peu importe le qu’en dira-t-on.

Dieu existe-t-il ? (2)

Toujours pas de réponse à la question, mais une excellente pièce à verser au dossier. Je termine à l’instant où j’écris ces lignes la lecture de “L’Esprit du don” de Jacques T.  Godbout (la “middle initial” trahit son origine canadienne), disponible en poche pour la modique somme de 12 euros (cliquez sur le lien de l’image pour le retrouver chez un libraire en ligne bien connu).

Foin de théologie  : nous voici dans un très sérieux ouvrage  d’ethnologie, qui se lit comme un roman. En quelques mots, histoire de vous mettre en appétit, l’auteur y définit le don comme “le mouvement social perpétuel”, rien de moins que ce qui fonde toutes nos sociétés.

Le don est un acte en trois temps : donner, recevoir, rendre.

Le don de départ est gratuit, libre et spontané : le donateur ne sait pas encore si on lui rendra, et la prise de risque initiale fait partie intégrante du don. Fait également partie de cet acte de don le plaisir qu’on en retire. Que voilà un début réjouissant.

Quand celui qui reçoit, le donataire, accepte le don, il accepte en même temps l’obligation de rendre : c’est le contre-don. Dans une logique de contre-don, on  rend toujours un peu plus : pas trop, car sinon on se met dans une position de domination de l’autre, mais un peu plus quand même car un don que l’on rend de manière strictement équivalente n’est pas un contre-don, c’est un remboursement de dette qui met fin à l’échange.

Le donataire devient ainsi donateur, et le léger surplus met le donateur initial en situation de devoir rendre à son tour un peu plus.

C’est la tension de dette permanente entretenue entre les deux protagonistes qui crée la dynamique du don et entretient le lien social. L’auteur en donne de multiples exemples, à commencer par le couple : “Un couple qui vise l’égalité dans la répartition de l’ensemble des échanges est un couple dont la dynamique l’entraîne vers la rivalité permanente, vers l’établissement d’un rapport marchand, et vers la rupture. Il faut atteindre le stade du don, où chacun considère qu’il reçoit quelque chose d’unique, qu’il ne pourra jamais rendre tout ce que l’autre lui donne, en sorte que les deux partenaires ont l’impression de devoir plus qu’ils reçoivent. L’inégalité devient consubstantielle au rapport et nourrit sa dynamique. Un couple qui fonctionne bien vit dans un état de dette permanent.”

Sommes-nous tous des hypocrites lorsque, recevant un cadeau, l’échange typique est : “Tu n’aurais pas dû!” – “Penses-tu, ce n’est rien” ? Que nenni nous décrypte l’auteur. Nous rassurons simplement le donataire sur la liberté qui est la sienne de rendre ou non. Et plus sa liberté de rendre est grande, plus grande sera la valeur à nos yeux de ce qu’il nous rendra, contribuant ainsi à cette spirale de générosité qui entretient tout lien social.

Que ces quelques paragraphes de synthèse donnés en guise d’apéricubes vous incitent à lire les quelque 300 pages de cet opuscule : vous y découvrirez les nouvelles pistes de réflexion de la sociologie économique, qui battent en brèche l’omniprésence des théories du tout marchand ou de l’État providence. Pour Jacques Godbout, les trois systèmes sont complémentaires dans nos sociétés ;  ils s’interpénètrent et se nourrissent mutuellement, et l’auteur conclut que le système du don englobe les deux autres.

C’est quand même la plus belle définition du Royaume de Dieu qu’il m’ait été donné de lire :-)

Me voici
Boissy Saint Léger 7 novembre 2010

Après ces choses, Dieu mit Abraham à l’épreuve, et lui dit: Abraham! Et il répondit:
Me voici!

Genèse 22, 1

Les hommes et les femmes qui sont jugés dignes de se relever d’entre les morts et de vivre dans le monde à venir [...] ne peuvent plus mourir, ils sont pareils aux anges. Ils sont fils de Dieu, car ils ont passé de la mort à la vie.[...]
Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants, car tous sont vivants pour lui.

Luc 20, 34-38

Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants, car tous sont vivants pour lui.
Quand Jésus répond aux questions des sadducéens sur la mort, il leur parle de la vie.
Qui sont ces sadducéens qui interpellent Jésus ?
Les sadducéens sont l’une des mouvance au sein des juifs d’Israël. Il y avait du temps de Jésus aussi d’autres mouvances : les pharisiens, les esséniens, les zélotes ou les hérodiens.
C’était comme aujourd’hui chez les chrétiens, où il y a les catholiques, les protestants, les orthodoxes. L’œcuménisme existait déjà du temps de Jésus. : Tous juifs par l’essentiel – la foi dans le Dieu d’Israël, avec des différences de sensibilité sur d’autres questions – comme on le lit dans ce texte.
Ce texte commence par une question.
Il y a bien des façons de poser des questions. Il y a les vraies questions, celles qui attendent une réponse. Une vraie question, ce serait  : “Que faut-il penser de la résurrection ?”.
Et puis il y a les fausses questions qui cachent autre chose. C’est la fausse question que posent les sadducéens : “Et alors, si une femme épouse 7 frères, de qui sera-t-elle l’épouse une fois ressuscitée ?”. Ils n’attendent pas de réponse parce qu’ils pensent qu’ils l’ont déjà. Pour eux, la résurrection n’existe pas, et la question qu’ils posent à Jésus est formulée de manière à ridiculiser l’idée-même de la résurrection. En fait, ils lui disent : “Tu vois bien que la résurrection n’est pas possible, car alors cette femme qui de son vivant a épousé 7 hommes l’un après l’autre, une fois ressuscitée, elle se retrouve avec les 7 à la fois.” Du temps de Jésus, la polygamie n’existe plus – et depuis bien longtemps. Donc la résurrection ne peut pas exister puisqu’elle conduit à une situation grotesque. CQFD.
Jésus ne se laisse pas démonter. Il répond en deux temps.
Dans un premier temps, il répond sur ce qu’est la résurrection. Si la résurrection existe, elle ne peut être une reproduction à l’identique de ce monde.
Il nous dit : “ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection des morts […] ne peuvent plus mourir, car ils sont pareils aux anges.”
Deux point importants à noter :
Tout d’abord : “ceux qui ont été jugés dignes“. La résurrection est précédée d’un jugement.
Ensuite : “ils ne peuvent plus mourir, ils sont pareils aux anges“. Dans le Premier comme dans le Nouveau Testament, les anges sont les messagers de Dieu. Jésus nous indique ainsi que la résurrection nous rapproche de Dieu, et cette proximité nous rend immortels.
Jésus répond donc dans un premier temps aux sadducéens que la résurrection n’est pas une nouvelle partie qu’il faudrait rejouer dans les mêmes conditions que notre vie actuelle, mais qu’il s’agit de tout autre chose qui nous place bien loin des contingences terrestres. Retour à l’envoyeur de la question des sadducéens : on ne peut pas nier la résurrection sur la base de leur argumentation, car cette argumentation part d’une conception erronée de ce qu’est la résurrection. La résurrection est rapprochement de Dieu, et libération des contraintes terrestres. Rien à voir avec une réincarnation qui nous ferait revivre notre vie terrestre.

C’est après avoir désamorcé cette polémique que Jésus nous livre son véritable enseignement sur la résurrection.
Cet enseignement commence par faire référence à Moïse qui, face au buisson ardent nomme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Quelle relation avec la résurrection ? C’est que le sacrifice d’Isaac, interrompu au dernier moment par Dieu, est compris par les juifs comme une résurrection. L’épître aux Hébreux le reformule ainsi : “Abraham estima que Dieu avait le pouvoir de ramener Isaac d’entre les morts ; c’est pourquoi Dieu lui rendit son fils“.
Isaac était mort, sacrifié, et Dieu lui redonne vie en interrompant le geste d’Abraham. Dieu ressuscite Isaac, et de la descendance d’Isaac naît tout le peuple hébreu, que Moïse fait renaître de nouveau en le sortant de l’esclavage d’Egypte.
Mais Isaac et les Hébreux d’Egypte étaient bien vivants me direz-vous ? Oui. Et c’est la leçon la plus importante de ce passage : la résurrection nous concerne, nous, avant tout.
La résurrection concerne avant tout les vivants.
Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants, car tous sont vivants par lui.
Nous avons relu Genèse 22. Nous restons impressionnés par la foi extrême d’Abraham. A l’appel de Dieu, Abraham répond simplement : “Me voici“. Il ne pose pas de question, il ne discute pas. Il fait ce que Dieu lui demande, quand bien même Dieu semble revenir sur sa promesse en lui demandant de sacrifier le fils unique qui devait lui assurer une descendance innombrable. Abraham ne se rebelle pas, il ne questionne pas. Il fait ce que Dieu lui demande. Il ne craint pas l’absurde car sa confiance en Dieu est inouïe au point de croire que cette absurdité a un sens.
Et son fils lui est redonné, récompense infinie d’une foi inébranlable.

Ce que veut nous faire comprendre Jésus en faisant référence à la lignée d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, devenue ce peuple d’Israël né d’un enfant qui devait mourir, c’est que la résurrection est intimement liée à la foi, et qu’elle concerne avant toute chose les vivants.
Et de fait Jésus nous dit : “Ils sont fils de Dieu car ils ont passé de la mort à la vie“. Ça c’est surprenant. On s’attendrait à lire l’inverse : ils sont passés de la mort à la vie car ils sont fils de Dieu – On s’attendrait à ce que Jésus nous explique que c’est Dieu qui ressuscite ses enfants. Or il nous dit que c’est parce que nous nous sommes ressuscités – c’est parce que nous sommes passés de la mort à la vie, que nous sommes fils de Dieu. C’est extraordinaire : Jésus nous dit ici que la décision de ressusciter – de passer de la mort à la vie – nous appartient, et que c’est cette décision qui fera de nous des fils de Dieu.
Comme Abraham, Dieu nous appelle, et c’est à nous de décider de répondre simplement : “Me voici“. J’ai parlé de jugement tout à l’heure : “ceux qui ont été jugés digne de se relever d’entre les morts et de vivre“. Ce jugement, c’est nous-mêmes qui en décidons avec la réponse que nous choisissons de donner à l’appel de Dieu.
Il nous suffit simplement de répondre : “Me voici “.
Et comme Abraham, faisons confiance à Dieu pour le reste, même s’il nous paraît absurde. Jésus nous propose d’avancer pas à pas : sachons ressusciter à Dieu maintenant, dans notre vie de vivant, et remettons-nous à lui pour la suite.
Jésus ne veut surtout pas nous voir sacrifier notre vie ici-bas en contrepartie d’une vie à venir. Il ne nous dit pas : finis tes épinards et tu auras le dessert après. Il nous invite à manger nos frites, et il se réserve le droit de nous offrir une mousse au chocolat en plus à la fin.
Ces versets doivent nous rendre vigilants face à tous les discours qui voudraient nous faire sacrifier notre vie terrestre en contrepartie d’un avenir meilleur.
La résurrection peut être un levier très efficace pour envoyer à la mort les soldats dont on veut exploiter le sacrifice. Ne vous en faites pas les gars : allez-y et vous serez payés au centuple dans l’au-delà. C’est ce discours qui a attisé toutes les guerres de religion. C’est ce discours qui fait s’écraser des avions sur les tours de Manhattan. Plus classiquement, c’est le discours de tous les exploiteurs qui veulent tranquilliser ceux qu’ils exploitent en leur assurant un avenir meilleur.
Ce qui est très important dans l’enseignement que ces versets nous donnent, c’est que la résurrection est d’abord affaire de foi, et donc affaire personnelle et intime : Dieu m’appelle, moi personnellement. Je ne suis comptable qu’à Dieu de ma réponse, et je n’ai pas à écouter ceux qui voudraient m’exploiter par des sacrifices inutiles,
Bien au contraire, Dieu me veut ressuscité, ici et maintenant : ma résurrection, c’est tous les jours que je peux la faire en choisissant de répondre à son appel “Me voici“.
Il ne me demande pas de me sacrifier pour plus tard, il me demande de répondre – personnellement, maintenant. Et si cela doit me conduire à certains sacrifices, c’est ma décision, et celle de personne d’autre.
Dieu est le Dieu des vivants, le Dieu de l’avenir, non du passé. On ne refait pas sa vie, on la continue, en choisissant tous les jours de répondre “Me voici“.
Dieu nous donne une intuition de la vie future en nous ouvrant aux vivants qui nous entourent, qui ont besoin de notre aide, comme nous avons besoin de la leur, en nous axant sur l’essentiel et ses urgences.
Peu importe de se faire des nœuds dans la crâne comme les sadducéens. Ici et maintenant, renaissons à nous-mêmes dans l’intimité de Dieu en suivant les pas du Christ, de sorte qu’à notre dernier soupir, nous ayons déjà vécu une belle vie qui nous permette de nous dire en paix :

“Cela n’a pas été un long fleuve tranquille, mais c’était bien. Je peux m’arrêter là.
Tout le reste à venir, c’est du bonus.

Me voici”.

Des brebis (1)

Mes brebis écoutent la voix et moi je les connais et elles me suivent.
Jean 10, 26-27

Le Christ parlait à un peuple de pêcheurs et de nomades.
Et pour nous qui vivons dans un monde d’automobilistes, d’employés de bureau, de rappeurs, de bobos, d’usagers de la RATP, de touristes et de paumés, quelles sont les paraboles d’aujourd’hui ?

De la liberté

La liberté d'aimer

Sortie de culte. Tu connais ce couple qui vient régulièrement depuis quelque temps ? Oui et je suis ennuyée : ce sont des catholiques qu’on a connus via les conférences oecuméniques auxquelles on assiste régulièrement. J’y rencontre aussi les X et les Y qui sont des catholiques convaincus et qui les connaissent et je n’ai pas osé leur dire. Et alors ? on s’en f.. ? Ils vont où ils veulent, non ? Arrive le prédicateur de dimanche dernier sur la parabole du bon Samaritain : “Nous ça fait 500 ans qu’on est hérétiques, et comme le bon Samaritain qui en tant que souillé[1] pouvait bien toucher un mourant pour lui venir en aide, on peut bien accueillir qui on veut : on n’a plus rien à perdre.”.

C’est ça la liberté – et ça n’a pas de prix.

      Luc 10, 30-37
Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s’en allèrent, le laissant à demi mort.
Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre.
Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l’ayant vu, passa outre.
Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu’il le vit.
Il s’approcha, et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui.
Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l’hôte, et dit: Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour.
Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands?
C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit: Va, et toi, fais de même.

[1] Pour les Juifs orthodoxes de l’époque, les Samaritains (Juifs restés en Israël au contraire de ceux qui étaient partis en exil) étaient impurs, de même que les cadavres. L’homme sur le bord de la route ayant été laissé pour mort, un Juif orthodoxe ne pouvait le toucher sans se souiller, ce qui explique l’attitude du sacrificateur et du lévite (=prêtre Juif). Dans cette parabole, Jésus propose une nouvelle fois de dépasser la Loi par l’amour.

Dieu existe-t-il ? (1)

Il paraît qu’on ne peut valablement répondre qu’à une question bien posée.

Qui est Dieu ?

Personne ne le sait et donc tout le monde s’accorde à penser qu’il est au-delà de tout.

Existe-t-il ?

C’est là que la bât blesse. Dieu étant d’un naturel taquin, il joue à cache-cache avec nous et en se plaçant au-delà de tout, nul ne peut matériellement prouver son existence.

Sans pièce à conviction opposable, cette existence devient donc affaire de conviction personnelle.

La question “Dieu existe-t-il (en général) ?” devient alors “Dieu existe-t-il pour moi ?”

Donc la bonne question à se poser est : “Est-ce que je crois en Dieu ?”.