Disciple ou disciple ?

Jean 17, 20-26
Je ne prie pas seulement pour ceux-ci, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croient en moi afin que tous soient un ; comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous afin que le monde croie que tu m’as envoyé.
Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée afin qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaitement accomplis dans l’un, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé, et que tu les a aimés comme tu m’as aimé.
Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où moi je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils voient ma gloire que tu m’as donnée, parce que tu m’as aimé avant la fondation du
monde.
Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé.
Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux.

Nous lisons aujourd’hui la fin de la prière que Jésus adresse à son Père juste avant son arrestation. C’est une prière qui ressemble à un chant, ou un poème, avec des mots qui reviennent du début à la fin, comme un leit motiv. Ces mots qui semble tourner, s’articulent à chaque fois différemment au fil du texte pour progresser vers ce qui doit être finalement découvert. J’en ai choisi trois. Le premier est double, c’est connaître et croire. Le deuxième est singulier et pluriel, c’est un et le troisième est la clé, c’est l’amour.
Le mot connaître ou reconnaître est écrit six fois dans ces six versets et il s’associe avec le verbe croire des premiers versets. Ces deux verbes, croire et connaître sont les mots de la révélation et de la foi. Nous pouvons les suivre aussi au fil de la prière.
“Je ne prie pas seulement pour ceux-ci, (Je fais une petite parenthèse. Quand Jésus dit “ceux-ci”, il s’agit de ceux qui vivent avec lui : les onze parce que Judas est parti et tous ceux qui seront avec lui lors de son arrestation). Je reprends : “Je ne prie pas seulement pour ceux-ci, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croient en moi . Dès le début, il y a quelque chose qui étonne. Le verbe croire est conjugué au présent et pourtant, les disciples désignés sont seulement de futurs disciples. Il y a bien les premiers disciples, ceux qui connaissent Jésus, ce sont ceux qui parlent. Et il y a les autres, ceux qui croient en Jésus par la parole des premiers. Ces disciples de la deuxième catégorie, ceux qui croient par la parole des premiers, ne sont-ils pas ceux qui viendront après ? Ceux qui entendront la Bonne Nouvelle de Jésus Christ après sa mort et sa résurrection, après Pâques : Les premiers chrétiens dans l’Eglise d’après Pâques, puis les autres ensuite, nous au 21 siècle et ceux qui par notre parole croiront en Jésus Christ. Ici les mots qui désignent la foi ou sa transmission sont passé, présent et futur.
Un peu plus loin, dans le verset suivant, c’est le monde qui doit croire. Le monde, qui désigne ici ceux qui ne croient pas en Jésus et ceux qui s’opposent à ses témoins, ce monde pourrait revenir de son incrédulité par le constat de la relation qui unit les disciples dans le Père le Fils. Si cette relation est en lien avec leur parole, elle n’est cependant pas à l’initiative des disciples. Elle n’est pas non plus consensuelle et il ne s’agit pas d’un discours tout prêt. Tout ce que nous savons c’est qu’ils parlent et que ceux qui reçoivent cette parole croient.
Le deuxième mot, tout petit mot “un”. Juste deux lettres mais très insistant. “Que tous soient un” ; “Qu’ils soient un comme nous sommes un”.
Dans ce mot, dans un autre contexte, nous pourrions entendre : un comme unique. Nous pourrions entendre aussi : un comme seul. Nous pourrions comprendre : un comme premier ou un comme singulier. Ou alors, il faudrait que nous soyons tous d’accord, ou tous pareils pour ne faire plus qu’un. Ce n’est pas le sens du mot “un” dans l’intercession de Jésus.
Ce qui donne à ce petit mot un sens plutôt inhabituel, c’est que, signifiant quelque chose de singulier, il recouvre, quelque chose de pluriel. “Un” comme le Père et le Fils, “un” comme tous les disciples, ceux que l’on connaît déjà et ceux qui croiront par la parole des premiers. Voilà un singulier pluriel !
Et l’affaire se complique lorsque Jésus explique ce pluriel dans l’unité par une formule qui, au lieu de faciliter notre compréhension, la rend un peu plus énigmatique. Il dit : ” que tous soient un ; comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous…”Puis, plus loin : ” Moi en eux et toi en moi”. Tout s’enchevêtre.
J’ai cherché à comprendre, d’une façon un peu cartésienne, cette relation complexe. Je me suis souvenue de la théorie des ensembles en mathématiques modernes. J’y ai retrouvé des jolis mots comme : “ensemble”, “union”, “réunion”, “complémentaire”, “associatif”, “implication” mais, inutile de chercher ici la solution, j’ai tout essayé toutes les opérations, il n’y en a aucune qui donne le bon résultat … ou alors, tout serait égal. Mais, peut-être n’y a t-il rien à expliquer et rien à comparer. La relation entre le Père et le Fils est unique et différente et nous sommes simplement invités à y entrer : “Qu’eux aussi soient en nous”.
Invités, oui, mais comment ?
Je crois que si nous recevions un carton pour cette invitation, il serait en trois parties non détachables.
Sur la partie centrale, il y aurait notre troisième mot, justement le plus important, le mot amour. Bien sûr il ne s’agit pas de l’amour sentiment ou de l’amour passion mais d’un amour qui serait le reflet de celui que Jésus porte aux siens. Il s’agit d’un amour en actes, libre et volontaire qui vient en écho à celui que nous recevons. La source de cet amour n’est pas en nous. Cet amour que nous recevons de Dieu par Jésus Christ nous permet de répondre au commandement d’amour mutuel. Si cet amour fraternel est notre identité, il devient un témoignage et une parole pour le monde. Le monde, oui, le monde.
Jésus prie, il intercède. La prière de Jésus est pour tous, les croyants d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
Mais le monde qui n’a pas connu Dieu est-il exclu ? Si dans les évangiles, le monde est souvent présenté comme la puissance hostile ou incrédule, je crois que nous pouvons lire ici l’espérance et la confiance de Jésus dans la conversion possible de ce monde.
Il prie : “Qu’eux aussi soient en nous afin que le monde croie que tu m’as envoyé.”
“que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé, et que tu les a aimés comme tu m’as aimé.”
Et je crois que ces paroles doivent nous interpeller profondément.
Ces disciples dont Jésus parle, ceux qui croient par la parole des premiers, qui sont-ils, d’où viennent-ils si ce n’est du monde.
Je reviens à mon carton d’invitation.
Donc au centre, l’amour et de chaque côté serait écrit notre prénom. D’un côté, notre prénom de disciple de la deuxième catégorie, celui qui doit entendre la parole pour croire. Celui qui doit découvrir et redécouvrir qu’il est aimé de Dieu. Celui à qui Jésus fait et fera connaître et reconnaître le nom du Père.
De l’autre côté, notre prénom de disciple de la première catégorie. Celui par la parole duquel l’autre croit. Celui qui vit dans l’amour du christ, qui porte sa parole et qui sait que Dieu l’a aimé le premier. Celui en qui même le non croyant peut découvrir l’amour de Dieu.
Ce carton d’invitation est une image bien sûr mais il me semble qu’on peut découvrir dans cette prière une dynamique qui nous empêche de nous installer dans une attitude trop confortable. Nous ne sommes pas chrétiens par naissance ou par tradition ou par habitude. Nous sommes chrétiens par notre conversion. Nous ne sommes pas disciple de la première catégorie ou disciple de la deuxième catégorie, nous sommes l’un et l’autre : converti et à convertir. Nous sommes du monde et nous marchons vers Dieu. Nous sommes chrétiens, c’est une grande chance et une grande joie.
Seigneur mets ta Parole dans notre bouche et garde nous dans ton amour.
Amen.

Dieu existe-t-il ? (1)

Il paraît qu’on ne peut valablement répondre qu’à une question bien posée.

Qui est Dieu ?

Personne ne le sait et donc tout le monde s’accorde à penser qu’il est au-delà de tout.

Existe-t-il ?

C’est là que la bât blesse. Dieu étant d’un naturel taquin, il joue à cache-cache avec nous et en se plaçant au-delà de tout, nul ne peut matériellement prouver son existence.

Sans pièce à conviction opposable, cette existence devient donc affaire de conviction personnelle.

La question “Dieu existe-t-il (en général) ?” devient alors “Dieu existe-t-il pour moi ?”

Donc la bonne question à se poser est : “Est-ce que je crois en Dieu ?”.

Aimer d’un amour qui donne

Seigneur notre Dieu,
Nous ne savons aimer que d’un amour qui possède.
Notre amour attend trop souvent quelque chose en retour,
Ne serait-ce que de l’autosatisfaction.
Nous blessons sans nous en rendre compte.
Et quand nous sommes blessés, nous devenons rancuniers.
Tu nous demandes de mettre la relation au cœur de notre vie
Mais bien souvent le besoin de l’autre arrive pour nous au mauvais moment,
Et nous ne lui donnons pas la priorité qui lui est due.
Tu nous demandes de pardonner,
Mais nous préférons fermer les yeux et oublier.
Le penseur juif Eliahou Dessler écrit : “Si seulement l’homme comprenait que l’on finit par aimer celui à qui l’on donne, il se rendrait compte que l’autre lui paraît étranger uniquement parce qu’il ne lui a encore rien donné.
Pardonne-nous Seigneur, d’oublier ta présence
Car il n’y a que toi qui peut nous transmettre un amour qui ne cherche pas à posséder, mais à donner.

Bonne année 2010

Nous te prions pour tous ceux qui n’ont pas de projet pour cette nouvelle année, pour tous ceux qui tâtonnent dans l’obscurité, et qui se cognent aux murs de la vie que tu leur as donnée parce que pour eux cette vie qui n’a pas de sens est une prison dans un monde absurde.
Père, s’il te plaît, donne-leur la grâce d’avoir confiance en ta présence, guéris les bleus de leur âme , et remplis le vide de leur existence avec ton amour. Père, donne-leur la foi.
Nous te prions pour tous ceux qui ont passé les fêtes dans la souffrance, parce que la vie les a blessés, parce qu’ils sont malades, parce qu’ils sont seuls, parce qu’ils ont faim, parce qu’ils sont en deuil, parce qu’ils vivent dans la guerre, parce qu’ils sont sans travail, parce qu’ils sont dans les remords ou les regrets. Ils souffrent tellement qu’ils ont peur d’un avenir qui ne serait que le prolongement sans fin de cette souffrance. Père, s’il te plaît, que ta puissance et ta miséricorde les rassure et les guide pour traverser l’épreuve. Père, donne-leur l’espérance.
Nous te prions pour nous tous, pour que le train-train et les difficultés de la vie ne nous fassent pas oublier les autres. Nous te prions pour nous rappeler tous les jours de cette nouvelle année combien les autres ont besoin de notre écoute, de nos paroles et de nos actes.
A nous tous qui sommes les lumières que tu as allumées, donne-nous d’éclairer et de réchauffer ce monde. Et tous ensemble, nous pouvons aider à changer les choses, pour avancer vers ton royaume.
Père, s’il te plaît, aide-nous à donner tout l’amour que tu nous donnes.

La feuille de route
Boissy St Léger 20 juin 2010

Luc 9, versets 18 à 24

Un jour que Jésus priait à l’écart, ayant avec lui ses disciples, il leur posa cette question: Qui dit-on que je suis?
Ils répondirent: Jean Baptiste; les autres, Élie; les autres, qu’un des anciens prophètes est ressuscité.
Et vous, leur demanda-t-il, qui dites-vous que je suis? Pierre répondit: Le Christ de Dieu.
Jésus leur recommanda sévèrement de ne le dire à personne.
Il ajouta qu’il fallait que le Fils de l’homme souffrît beaucoup, qu’il fût rejeté par les anciens, par les principaux sacrificateurs et par les scribes, qu’il fût mis à mort, et qu’il ressuscitât le troisième jour.
Puis il dit à tous: Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive.
Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la sauvera.

En ce jour de la fête des pères, je vous propose une réflexion destinée à tous ceux d’entre nous qui ont à exercer une autorité, c’est à dire de fêter tous ceux d’entre nous – hommes et femmes – qui doivent assumer la responsabilité d’être le guide de ceux qui leur font confiance. Tous ceux d’entre nous qui ont des enfants, bien sûr, et aussi tous ceux d’entre nous qui doivent guider des proches dont ils sont – selon une expression qui prend aujourd’hui tout son sens – les pères spirituels.
Et c’est là que le texte du jour nous fait un formidable cadeau : l’évangile de Luc nous propose en 3 lignes le résumé de la seule feuille de route que nous ayons à transmettre à ceux qui attendent de nous de les guider dans la vie. Une feuille de route en 3 lignes seulement – et 3 points :

1. Renoncer à moi-même

2. Prendre ma croix tous les jours

3. Suivre le Christ

1er point : Renoncer à moi-même

Le texte grec écrit littéralement : me dire non à moi-même. La bible Segond et la TOB traduisent par “qu’il se renie lui-même” une traduction qui peut prêter à confusion. Faut-il comprendre que Jésus nous inciterait à nous renier, au sens que ce verbe a pris de nos jours, c’est à dire nous trahir, nous mépriser ? Bien sûr que non. Comment Jésus dont l’amour pour nous est infini pourrait-il nous inciter à nous trahir nous-même, à nous mépriser? Non. Bien sûr que non. La Bible en français courant traduit : “qu’il cesse de penser à lui-même”. Elle est plus proche de la signification profonde de ce premier point. Et pour en comprendre le sens, je vous propose d’écouter ce que Calvin nous dit. Ce que Calvin nous écrit dans l’Institution de la religion chrétienne, c’est que la connaissance de nous-même passe par la connaissance de Dieu: “c’est chose notoire que l’homme ne parvient jamais à la pure connaissance de lui-même tant qu’il n’a pas contemplé la face de Dieu, et que de ce regard il descende à regarder à lui.” Le sens profond du premier point de Luc est de dire que si nous cherchons à avancer dans l’existence en ne regardant que notre nombril, nous ne ferons que du sur place. Vouloir se connaître en se regardant le nombril, c’est comme décréter que chaque élève qui passe le bac pourra décider lui – même des matières à passer et des questions qui vont lui être posées. Ca n’a pas de sens. Pour mesurer ce qu’ils valent, il faut donner aux élèves des références communes à tous.
De la même façon, pour prendre la mesure de nous-mêmes, nous ne pouvons que nous en remettre à quelqu’un qui nous dépasse tous, c’est-à-dire à Dieu. Faute de quoi, nous risquons de tomber dans l’une des deux impasses suivantes:

La première impasse où peut nous conduire notre nombril, c’est l’orgueil d’une trop haute opinion de nous-même, qui nous conduit à avancer au mépris des autres, et finira par nous isoler dans une solitude aigrie. Dieu vient alors nous remettre à notre juste place, en nous faisant prendre conscience de notre finitude. C’est ce que nous dit l’Ecclésiaste (3, 14-15) que nous a lu Annie:
Je sais que tout ce que Dieu fait est pour toujours :
Il n’y a rien à y ajouter
Et rien à en retrancher.
Dieu fait en sorte qu’on le craigne.
Ce qui est a déjà été,
Et ce qui sera a déjà été,
Dieu va à la recherche
De ce qui a fui.

La deuxième impasse où peut nous conduire notre nombril, si nous n’avons pas confiance en nous, c’est de passer notre vie à nous désoler de nos insuffisances, à nous demander si nous allons être à la hauteur, et de ne rien faire par peur de prendre des risques, par peur de l’échec. Si au contraire nous nous acceptons tels que nous sommes et que nous remettons notre confiance en Dieu, il n’y plus grand chose qui puisse nous faire peur, ni dans la vie, ni dans la mort.

Refuser de regarder notre nombril et écouter Dieu pour nous connaître nous-même, c’est un conseil très précieux dans une société qui nous invite en permanence à l’individualisme. Pour nous chrétiens, notre référence ce n’est pas notre nombril comme voudrait nous le faire croire la société où nous vivons. Notre référence, c’est Dieu dans sa Parole : acceptons-nous tels que nous sommes puisque notre Père du ciel lui-même nous accepte tel que nous sommes. Ne nous glorifions pas inutilement, mais ne nous humilions pas non plus : oublions simplement de chercher à savoir ce que nous valons. Le Christ nous dit ici : renoncez à vous poser des questions qui ne servent à rien et qui vous font perdre un temps précieux. Pour notre Père du ciel, nous avons une valeur immense, chacun, personnellement – et ça suffit. La confiance que nous mettons en Dieu qui est à nos côtés tous les jours suffit à donner de la valeur à notre vie, et rangeons notre nombril aux oubliettes.

2ème point : Prendre ma croix tous les jours

Soyons adulte. Prenons nos responsabilités. Ne blâmons pas les autres de ce qui nous arrive : portons la part qui nous revient, et aidons les autres à porter la leur chaque fois que c’est en notre pouvoir.
Paul nous dit dans Galates 6,2  :”Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ“.
Sachons aussi reconnaître ce qui est hors de notre portée pour éviter de nous épuiser à la poursuite de chimères. Laissons à Dieu le soin d’agir là où ne pouvons que prier, et prenons en charge ce qui relève de notre compétence et de notre responsabilité.
Prendre ma croix tous les jours, c’est un second conseil très précieux dans une société qui tend à nous infantiliser, où les paroles qu’on ne cesse de nous répéter sont : “responsable mais pas coupable”, “être pris en charge”, “appliquer le principe de précaution”. Le principe de précaution est une hypocrisie quand il ne sert qu’à masquer la peur d’assumer ses responsabilités. Si le Christ avait suivi le principe de précaution, il n’aurait jamais fini sur la croix, et nous n’aurions pas été sauvés.
A notre humble niveau, porter notre croix, c’est tous les jours dans des choses toutes simples ou plus compliquées. C’est refuser l’arrêt de maladie de complaisance pour ne pas grever une institution dont les plus démunis ont besoin, c’est défendre mon point de vue, même quand ça peut me porter préjudice, c’est prendre le temps de parler à un ami, même quand je suis en retard à mon rendez-vous, c’est accepter de prendre des risques quand la situation me l’impose, et accepter aussi le risque de l’échec qui va avec. Mieux vaut des remords que des regrets, nous dit la sagesse populaire. Veillons au quotidien à mettre les priorités aux bons endroits, prenons les risques que nous avons à prendre, assumons les conséquences de nos actes, et restons droit dans nos bottes sur nos convictions, quoi qu’il advienne.

3ème point : Suivre le Christ

Les deux premiers points ont pour objectif de nous mettre en mouvement, en nous arrachant à la contemplation de notre nombril, et en nous invitant à assumer nos responsabilités. Se mettre en mouvement c’est bien, mais pour aller où ? C’est l’objet du 3ème point, et c’est là que le début de ce passage prend tout son sens. Avant de les inviter à le suivre, le Christ demande aux apôtres de se taire, de ne pas révéler qu’il est le Messie de Dieu. Car nous ne suivons pas le Christ sur un chemin de gloire, mais sur un chemin d’humilité. Quelle signification cela aurait-il pour les contemporains de Jésus de suivre le Messie de Dieu ? Tout le monde a envie de suivre quelqu’un de célèbre. C’est super-valorisant. Non. le Christ nous dit ici qu’il ne veut pas qu’on le suive dans la gloire, mais dans l’humilité de ceux qui se mettent au service des autres, avec une seule recommandation qui se suffit à elle-même : “Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés“.
Ce qui donne sens aux deux points précédents. Le Christ ne nous propose pas de nous mettre en mouvement pour réussir dans la gloire, mais de vivre chaque jour simplement– et pleinement – une vie d’homme et de femme sereine, responsable, et soucieuse des autres.
Et c’est ainsi que “Quiconque voudra sauver sa vie la perdra” – dans l’orgueil ou dans l’inaction – et que “quiconque perdra sa vie à cause de moi la sauvera” – dans la sérénité, la responsabilité et l’amour que nous propose cette feuille de route en 3 points :

1. Renoncer à moi-même

2. Prendre ma croix tous les jours

3. Suivre le Christ

Le cadeau de ce culte pour tous ceux qui ont à assumer des responsabilités – c’est à dire, quand on y songe bien, chacun d’entre nous – ce sont ces 3 lignes.
3 lignes qui résument la feuille de route à vivre et à transmettre à tous ceux qui mettent leur confiance en nous.

télécharger la feuille de route (PDF)Je vous offre ces 3 lignes imprimées sur une carte au nom du Christ Sauveur. J’y ai imprimé le détail du tableau que Rembrandt a peint pour illustrer la parabole de l’enfant perdu et retrouvé. On y voit le fils à genoux devant son père, qui lui pose les mains sur les épaules.
Et si l’on regarde attentivement ses mains on constate que c’est là que s’exprime toute la sensibilité de Rembrandt : il a peint une main d’homme et une main de femme. Une main de fermeté et une main de tendresse.
Vous pourrez les mettre dans vos portefeuilles, pour le jour où vous sentirez le besoin de les relire – pour vous-même et pour ceux dont vous avez la charge. Amen.

De l’hospitalité… le 3 janvier 2010

Marc 9, versets 38 à 41

Jean lui dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un qui chassait les démons en ton nom et nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas. » Mais Jésus dit : « Ne l’empêchez pas, car il n’y a personne qui fasse un miracle en mon nom et puisse, aussitôt après, mal parler de moi. Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau parce que vous appartenez au Christ, en vérité, je vous le déclare, il ne perdra pas sa récompense.

Dans ce passage de l’Evangile, Marc nous conte l’histoire d’un de ces exorcistes qui ne se joignaient pas aux disciples, mais délivraient les malades au nom de Jésus. Que se passe-t-il ? Les disciples en prennent ombrage et, dans un premier temps, on peut imaginer qu’ils préviennent cet homme qu’il doit cesser ses activités. Comme il n’obtempère pas, ils lui interdisent carrément de les poursuivre, espérant ainsi que leurs paroles vont enfin être suivies d’effet. Est-ce parce qu’ils craignent la concurrence ? On peut le penser. Mais on peut aussi penser qu’ils sont contrariés parce qu’ils sont en face d’un homme qui accomplit les mêmes miracles qu’eux-mêmes, ou presque, que cet homme agit au nom de Jésus mais que c’est un rebelle. Il refuse de suivre le fils de l’homme, comme eux-mêmes le font. Cela signifie qu’il est différent d’eux. Alors, ils veulent empêcher cet être différent de faire la même chose qu’eux-mêmes.

Ils vont ensuite se vanter de leur zèle auprès de Jésus. Ne sont-ils pas de bons disciples, puisqu’ils se sont employés à faire cesser, croient-ils, un désordre. Ils ont intimé l’ordre à l’homme différent non pas de cesser d’être différent, car on peut comprendre que ce n’est pas possible, mais de cesser d’exorciser les malades. Et là, ô stupéfaction, le Christ les blâme plutôt que de les féliciter. « Ne l’empêchez pas », dit-il. Comment est-ce possible ? Que veut dire Jésus ?

Tout simplement Jésus veut leur dire que nul n’a le monopole de l’activité chrétienne. « Il n’y a personne qui fasse un miracle en mon nom et puisse, aussitôt après, mal parler de moi ». C’est logique : l’exorciste soigne au nom de Jésus, il ne va pas, aussitôt après, dire du mal de celui-ci. Il perdrait d’ailleurs instantanément le pouvoir de guérir. Donc cet homme n’est pas un fauteur de troubles, un semeur de désordre, un rebelle au sens où l’avaient entendu les disciples. Il est seulement un homme qui soigne au nom du Christ, sans pour autant le suivre, un homme différent.

« Celui qui n’est pas contre nous est pour nous », dit Jésus. On a si souvent entendu la parole inverse, celui qui n’est pas avec moi est contre moi, que l’on en a oublié celle-ci, bien plus belle, bien plus utile. « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous ». Celui qui est différent de nous, celui qui ne nous suit pas, qui ne nous ressemble pas, du moment que ses œuvres sont bonnes, il est « pour nous », comme nous, avec nous.

Jésus salue sa noblesse de cœur puisqu’il se consacre à soulager les maux des hommes. C’est le geste qu’il estime important, non le contenu de ce geste puisqu’il ajoute : « Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau parce que vous appartenez au Christ, en vérité, je vous le déclare, il ne perdra pas sa récompense. » Qu’est-ce que cela signifie ? Que même une toute petite action faite en direction d’autrui a une immense valeur y compris si elle est faite par quelqu’un de différent. Nul n’a le monopole du cœur. Il est important de savoir s’effacer et de savoir rendre grâce à une œuvre faite par d’autres, même si ces « autres » sont différents. Le Christ est venu annoncer l’Evangile aux pauvres, aux enfants et aux innocents et aux simples, il est venu guérir ceux qui souffrent, qui ont le cœur brisé, il est venu donner la liberté aux captifs et rendre la vue aux aveugles. Il ne fait aucune différence entre les uns et les autres. Il n’y a pas de grandes et de petites actions, il n’y a pas de grands et de petits maux. Jésus est le même pour tous, y compris pour ceux qui doutent. Encore plus, peut-être, pour ceux qui doutent.

Jésus ne juge ses contemporains pas par les paroles, ni par la grandeur mais par les œuvres. Quelqu’un qui fait preuve de compassion, d’empathie avec autrui ne peut être arrêté dans ses actes parce qu’il est différent. Il ne s’agit pas d’un charlatan, d’un escroc, d’un faux prophète : il guérit au nom de Jésus. C’est pour cela qu’il doit être encouragé et non empêché. Il peut y avoir des gens qui sont avec le Christ sans le savoir, des gens qui, sur une route différente, travaillent aussi à l’avènement d’une société où les hommes seront moins malheureux, où il y aura du pain pour tous et, peut-être, du bonheur.

Genèse 18, versets 1 à 8

Le Seigneur apparut à Abraham aux chênes de Mamré alors qu’il était assis à l’entrée de la tente dans la pleine chaleur du jour. Il leva les yeux et aperçut trois hommes debout près de lui. A leur vue il courut de l’entrée de la tente à leur rencontre, se prosterna à terre et dit : « Mon Seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, veuille ne pas passer loin de ton serviteur. Qu’on apporte un peu d’eau pour vous laver les pieds, et reposez-vous sous cet arbre. Je vais apporter un morceau de pain pour vous réconforter avant que vous alliez plus loin, puisque vous êtes passés près de votre serviteur. » Ils répondirent : « Fais comme tu l’as dit. »

Abraham se hâta vers la tente pour dire à Sara : « Vite ! Pétris trois mesures de fleur de farine et fais des galettes ! » et il courut au troupeau en prendre un veau bien tendre. Il le donna au garçon qui se hâta de l’apprêter. Il prit du caillé, du lait et le veau préparé qu’il plaça devant eux ; il se tenait sous l’arbre, debout près d’eux. Ils mangèrent.

Il est du devoir de tous d’accueillir ces personnes différentes. C’est ce que fait Abraham, qui voit près de sa tente trois personnes qu’il ne connaît pas et qui les accueille. Sont-ce des voyageurs ? Viennent-ils de loin ? Les identifie-t-il à leurs vêtements, à leur langage ? On ne sait pas. La seule chose que l’on sache, c’est qu’immédiatement, il se met en devoir de recevoir le mieux possible ces étrangers. Il fait préparer un veau bien tendre, il demande à Sara de cuire des galettes de fleur de farine, et, le plus rapidement possible, il donne à boire et à manger à ces trois inconnus. Il n’a pas besoin de savoir d’où ils viennent, ni quel est leur nom et encore moins ce qu’ils pensent et pourquoi ils le pensent. Comme le rappellera plus tard Paul dans l’Epître aux Hébreux, il n’oublie pas l’hospitalité.

Epître aux Hébreux 13, versets 1 à 3

Que l’amour fraternel demeure. N’oubliez pas l’hospitalité, car, grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges. Souvenez-vous de ceux qui sont en prison, comme si vous étiez prisonniers avec eux, de ceux qui sont maltraités, puisque vous aussi, vous avez un corps.

Et nous, est-ce que nous n’oublions pas, parfois, l’hospitalité ? Est-ce que nous ne cherchons pas à savoir qui sont ces gens, ce qu’ils veulent, ce qu’ils pensent avant de rendre grâce à leurs œuvres ? En ces temps troublés où est lancé sans précaution un débat sur l’identité nationale, lequel glisse naturellement de l’identité de soi à l’identité de l’autre, de l’immigré, de l’étranger, ne rechigne-t-on pas à accorder l’hospitalité ? Ne demande-t-on pas à l’autre de nous ressembler avant de l’autoriser à faire le bien ? Nous ne sommes pas les seuls : nous l’avons vu, les disciples de Jésus eux-mêmes ont cherché à écarter l’autre, le différent parce qu’ils ne pouvaient pas tolérer cette différence.

Tolérance… un mot difficile à comprendre, difficile à mettre en œuvre. Un mot souvent rapproché de celui de « laxisme ». Quelle différence faites-vous entre la tolérance et le laxisme ? Bonne question. Où commence ma tolérance et où s’arrête-t-elle ? Où commence mon laxisme ? Chacun se jugera lui-même à l’aune de son propre idéal. Il reste la leçon de Jésus : « celui qui n’est pas contre nous est avec nous » et la leçon de Paul : « Que l’amour fraternel demeure. N’oubliez pas l’hospitalité », et l’exemple d’Abraham.

Il est vrai que nous avons souvent tendance à opposer deux mondes : le nôtre et celui des autres, des étrangers comme nous opposons volontiers de façon historique ou religieuse le monde de la Bible au monde des païens, comme le bien et le mal, la vérité et le mensonge. Pourtant, les critiques émises par les prophètes, que ce soient ceux du Premier Testament ou bien Jésus, s’adressent à équivalence aux tribus d’Israël et aux nations païennes. Jésus demande de rendre à César ce qui appartient à César, mais il cite des étrangers en exemple pour ses coreligionnaires. Il tance ses propres disciples pour leur inconduite ou leurs erreurs, comme nous l’avons vu dans l’extrait de l’Evangile de Marc. Pourquoi ? Simplement par la religion biblique plonge ses racines dans les religions et les cultures avoisinantes, comme l’attestent les grandes fêtes que célébrait le peuple d’Israël et qui, en fait, donnaient simplement un sens nouveau à des fêtes agraires antérieures.

Jésus est né, dit-on un 25 décembre. Aujourd’hui – la semaine dernière, plutôt – nous fêtons Noël. Mais pourquoi ? En fait, Jésus aurait bien pu naître au solstice d’hiver, le 21 décembre… pourquoi pas ? Le symbole de son apparition aux hommes aurait été respecté.  Le solstice d’hiver est le moment de l’année où la nuit est la plus longue et le jour est le plus court. A partir de cet instant, l’inclinaison de la terre va changer et les jours vont s’allonger. La lumière va vaincre les ténèbres. Dans l’antiquité, on disait de ce solstice qu’il était la porte des dieux car s’ouvrait alors la possibilité à la lumière de devenir de plus en plus importante, de couvrir le monde de plus en plus longtemps. Et donc, dans la Rome antique notamment, il était d’usage de fêter, au jour du solstice d’hiver, le soleil invaincu, sol invictus, celui que les ténèbres n’étaient pas parvenues à occire puisque depuis six mois, elles allongeaient leur ombre de plus en plus longtemps. C’est, je crois, le pape Libère qui, en l’an 354, a déplacé de quelques jours la date de la naissance de Jésus, par souci de se démarquer d’une fête païenne.

Cette brève digression était pour vous démontrer, au moyen d’un simple rapprochement de dates, combien proches peuvent être les religions anciennes. L’autre, le différent, nous est rapidement insupportable et pourtant il n’est pas loin, ce qu’il fait n’est pas très éloigné de ce que nous faisons, il suffit d’un rien pour donner du sens à ses actes, pour le comprendre et pour tolérer sa simple présence à nos côtés. Il est même encore plus proche que nous l’imaginons puisque notre propre histoire plonge ses racines dans son histoire. Il est le fondement de ce que nous sommes. Il fait partie de notre identité. Nulle nation ne s’est construite en un jour, pas plus Rome que Paris, Londres ou Amsterdam. Nul être n’est issu de nulle part, nous avons tous une généalogie et l’Evangile selon Matthieu nous rappelle, en son chapitre 1, celle de Jésus. Elle remonte à trois fois quatorze générations. Nous-mêmes, d’où, ou plutôt de qui, venons-nous ? Bien peu d’entre nous le savent et ceux qui ont étudié la question ont, pour la plupart, bien du mal à remonter cinq, six, une dizaine de générations. Dans cette nuit des temps que nous ne pouvons plus explorer, figure « l’autre », l’étranger, celui qui est différent de ce que nous sommes et, pourtant, sans lequel nous ne serions pas ce que nous sommes. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons le devoir d’être non seulement tolérants, mais de bien accueillir l’étranger de passage. Nous ne savons pas qui il est et il a tant de choses à nous dire. En aucun cas, il faut le repousser.

Quand Jésus limite explicitement sa mission personnelle (Mt 15, 24) : « je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » et que, de la même manière, il restreint le champ d’action de ses disciples (Mt 10, 6) en disant : « Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël », ce n’est pas parce qu’il ne veut pas entendre parler de « l’autre », de « l’étranger ». Bien au contraire, puisqu’il prend en exemple la foi d’un centurion romain (Mt 8, 10) dont il guérit le serviteur et il se laisse bousculer par une femme syro-phénicienne, dont il guérit également la fille tourmentée par un démon (Mt 15, 21-28). Dans ces deux cas, Jésus met en valeur la foi de païens car il la juge plus grande et plus authentique que celle qu’il a trouvée en terre d’Israël. Ces événements lui donnent l’occasion d’annoncer dans le Sermon sur la montagne, comme le rapporte Matthieu, que « beaucoup viendront du Levant et du Couchant prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des cieux, tandis que les héritiers du royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors » (Mt 8, 11-12).

Je pourrais multiplier les exemples, mais vous avez compris mon propos. Je voudrais simplement vous dire que l’Evangile nous montre la voie à suivre. La femme samaritaine avec laquelle Jésus a une longue conversation (Jn 4) lui pose la seule question proprement interreligieuse du Nouveau Testament, à savoir s’il convient de rendre un culte à Dieu à la manière des Samaritains ou comme les juifs à Jérusalem. Jésus refuse cette alternative et appelle à un dépassement de la différence : « l’heure vient – et maintenant elle est là – où les vrais adorateurs adoreront le Père en vérité et en esprit » (Jn 4, 23). La vérité et l’esprit sont les deux éléments les plus importants et c’est par eux que nous pouvons transcender les différences et les difficultés et nous retrouver. Amen.

Voyage en franc-maçonnerie (1)

Les francs-maçons défraient régulièrement la chronique, et nous n’avons nulle prétention à mieux les définir qu’eux-mêmes, ce qu’ils font d’ailleurs fort bien à grand renfort de colloques et autres séminaires, sortes de grandes messes laïques (!) au cours desquelles ils s’emploient à convaincre de leur propre utilité sociale et intellectuelle. Intéressons-nous néanmoins à ceux dont on parle moins, ceux qui ne revendiquent que quelques centaines de membres et dont la principale caractéristique est d’être des croyants. Voici, en plusieurs chapitres pour ne pas fatiguer nos lecteurs, un “voyage en franc-maçonnerie” qui, nous l’espérons, vous intéressera.

Allons donc à la rencontre de francs-maçons d’un genre particulier : ceux qui pratiquent le rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm. Ils affirment ne pas être des adeptes d’une nouvelle religion mais ils travaillent « à la gloire du Grand Architecte de l’Univers ». Sous cette appellation, ils placent une « intelligence supérieure » créatrice et ordonnatrice du monde manifesté, qu’ils refusent d’appeler Dieu. Ils l’honorent pourtant, à travers des rituels et tentent de comprendre les œuvres au moyen d’un système symbolique qui emprunte à différentes religions, du panthéon de l’Egypte ancienne à l’ésotérisme judaïque. Ainsi estiment-ils transcender les religions révélées et rassembler des croyants de toutes origines dans une philosophie a-dogmatique. On pénètre dans cette franc-maçonnerie déiste par une série d’initiations.

Nous avons rencontré plusieurs membres de la branche française de l’Ordre international du rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm, ainsi que le Grand Maître international, W. R., en Belgique. Malheureusement, s’ils s’expliquent volontiers sur leur démarche, ils respectent strictement leur serment de garder secret les enseignements dispensés et les travaux effectués, accessibles aux seuls initiés. Ce secret marque les limites de mon enquête sur ces croyants. Dès lors, j’ai dû renoncer à mon ambition initiale, qui était de trouver le point de rencontre qui pouvait exister entre eux et les protestants. J’ai néanmoins beaucoup appris durant mes rencontres et j’ai complété mon analyse grâce à plusieurs livres, et notamment l’étude attentive de celui qui contient les rituels (bibliographie et « sitographie » en fin de notre dernier chapitre).

Toutes les personnes rencontrées ont dit avoir reçu une éducation religieuse catholique. Toutes ont affirmé croire en Dieu ou « en un Dieu » mais n’être pas pratiquantes en dehors des rituels de loge. Toutes m’ont dit avoir été heurtées par le dogme religieux catholique, décrit comme « impitoyable » car fait d’une série d’interdictions et de règles morales et comportementales « incompatibles avec notre société moderne » (pêle-mêle : le refus du divorce ou de l’usage du préservatif, les excommunications, la prêtrise réservée aux hommes etc.), qui les a détournées de l’Eglise. Croyantes, mais insatisfaites sur un plan spirituel, elles se sont mises en quête d’une autre forme de spiritualité, non sectaire. Beaucoup ont été tentées par le bouddhisme, finalement considéré comme « trop éloigné » de leurs références culturelles. Pour chacune de ces personnes, la rencontre avec le rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm s’est faite par hasard ou grâce à… quelque providentielle rencontre.

1. Le rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm

a) histoire

Selon les francs-maçons membres de l’Ordre international du rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm et les spécialistes comme l’historien Serge Caillet[1], l’histoire du rite de Memphis-Misraïm a toujours été fort mouvementée – voire parfois navrante – depuis sa création et plus encore au long du XXème siècle, sans que le XXIème siècle ne lui apporte, malheureusement, davantage de repos. Les disputes, scissions entre différents mouvements et autres règlements de comptes individuels semblent avoir été de mise. Il en résulte un ensemble composé d’une vingtaine d’obédiences travaillant au rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm et comportant chacune entre 50 et 500 membres, toutes se réclamant d’une transmission initiatique dont le dernier dénominateur commun est Robert Ambelain (1907 – 1997). Homme de lettres et historien, celui-ci était un spécialiste de l’ésotérisme, s’intéressant de près à l’occultisme et à l’astrologie. Auteur d’une quarantaine d’ouvrages, il a été Grand Maître mondial de la Grande Loge de Memphis-Misraïm et s’est attaché à diffuser largement les principes d’existence du rite.

Nous n’aurons pas l’ambition de retracer dans le détail l’histoire de ce rite et des obédiences qui s’y rattachent, mais simplement d’en esquisser les contours afin de voir comment sont apparus, dans le paysage de la foi contemporaine, ces francs-maçons d’un genre particulier, qui sont croyants mais ne se satisfont pas des religions et des spiritualités occidentales et orientales mais se sont attachés à un système symbolique particulier dont les références égyptiennes ne sont certainement pas la moindre des particularités.

Le Rite de Memphis
Avant 1721, date à laquelle le rite de Memphis est cité pour la première fois dans les textes historiques, existait un rite dit « de Narbonne ». Celui-ci était l’héritier de deux courants : une loge maçonnique comme il commençait à en exister beaucoup, l’Ordre des Architectes Africains et un mouvement rosicrucien[2], les Frères de la Rose-Croix d’Or.

Ce rite avait à peu près disparu du paysage maçonnique lorsqu’en 1779, il fut restauré par le marquis de Chefdebien[3] sur le modèle du rite des Philalètes et prit le nom de Rite Primitif des Philalètes ou Rite Primitif de Narbonne.

En 1798, durant la campagne d’Egypte de l’armée de Bonaparte, un groupe d’officiers membres du Grand Orient de France et disciples du Rite de Narbonne entrent en contact avec des initiés soufis et des collèges initiatiques druzes du Liban. Séduits par les valeurs qui s’y professent et par leur spiritualité particulière, ils décident alors de créer un rite syncrétique s’en inspirant. Ainsi naît la Loge Les Disciples de Memphis, au Caire. De retour en France, l’un de ses membres, Samuel Honis, installera à Montauban, le 23 mai 1815, une filiale de cette loge. Dès lors, le rite se répand en Europe, à Paris et à Bruxelles d’abord, puis en Angleterre en 1872. On relève l’existence d’Obédiences en Egypte, bien sûr, mais aussi en Roumanie, aux Etats-Unis et en Australie.


Le Rite de Misraïm
Ce Rite apparaît à Venise en 1788. Un groupe de Sociniens[4] reçoit du comte de Cagliostro[5] les trois premiers grades de ce rite dont ce dernier semble le créateur, ainsi qu’une patente de constitution de loges. Le Rite essaime en Italie, où ses loges abritent et instruisent de nombreux Carbonari[6] et apparait en France entre 1810 et 1813. Une cinquantaine de loges sont créées aux Pays-Bas, en Belgique, en France et en Suisse. Convaincu de propager des idées anticléricales, le rite est interdit en France en 1923, reprend vie en 1838, est à nouveau interdit en 1841 et restauré en 1848.

Le rite de Memphis-Misraïm

Peu après son installation en Angleterre (le 4 juin 1872), la Grande Loge de Memphis nomme le général italien Giuseppe Garibaldi membre honoraire. Ce dernier sera ensuite nommé Grand Maître ad vitam par le Grand Orient d’Egypte. En 1881 et après bien des discussions, celui-ci fusionne les rites de Memphis et de Misraïm qui avaient, dans la plupart des pays, les mêmes dignitaires. Cette fusion est officialisée à Naples en 1899 et prend le nom de Rite Oriental Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm.

Garibaldi est un personnage fondamental dans l’histoire du rite pour ses idées, sa philosophie et sa spiritualité. Adversaire irréductible de l’Eglise catholique apostolique et romaine, il réclame pour l’Italie la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Il souhaite cependant introduire l’instruction obligatoire, gratuite et laïque et refuse l’athéisme, l’indifférence et le « misérable matérialisme ».

Au XXème siècle, le rite de Memphis-Misraïm connait les mêmes persécutions en Europe que les autres mouvements maçonniques. Le 26 mars 1944, Constant Chevillon, Grand Maître de France, est assassiné par la milice de Vichy. Le 20 avril 1945, c’est Georges Delaive, Grand Maître de Belgique, qui meurt décapité. Après la libération, le Grand Maître mondial Robert Ambelain poursuit le développement du rite.


[1] Serge CAILLET, La Franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm, Paris, Editions Dervy, 2003.

[2] La Rose+Croix est un ordre hermétiste chrétien fondé vraisemblablement au XVIIème siècle en Allemagne et se réclamant de la succession des chevaliers du Graal et des Templiers.

[3] La famille de Chefdebien, originaire du Poitou, a été très active au sein des loges maçonniques aux XVIIIème et XIXème siècles. Le marquis François-Anne de Chefdebien d’Armissan (né en 1718) eut sept fils dont deux furent chevaliers de Malte.

[4] Le Socinianisme est un courant chrétien fondé par les Italiens Lelio et Fausto Sozzini, réformateurs, disciples de Luther. Ce mouvement considère le Nouveau Testament comme seule source de vérité en matière d’éthique, de piété et de doctrine et remet en question la trinité.

[5] Joseph Balsamo, comte de Cagliostro (1743 – 1795), est un personnage mystérieux et assez mal connu dont on sait cependant qu’il eut des activités multiples dans les domaines des sciences sacrées et de la franc-maçonnerie.

[6] Société secrète du XIXème siècle qui œuvrait à l’unité italienne et à l’établissement d’une Constitution républicaine.

Hans Küng, ou l’art de la polémique

Dans le second volume de ses mémoires[1], Hans Küng relate une partie de ses combats, dont il reprend les lignes essentielles dans un article, paru en France dans le quotidien Le Monde.[2] En ce qui concerne les questions intérieures à l’Eglise catholique, il s’agit surtout pour Küng de s’élever contre le « conservatisme médiéval » de la Curie romaine et la « trahison » de l’esprit de Vatican II. Il réagit à un paradoxe : alors que les cercles conservateurs sont minoritaires, c’est la majorité des catholiques qui se sent frustrée. En effet, ces conservateurs ont le pouvoir, centralisé à Rome, bloquent toutes les réformes et étouffent les voix discordantes. Sur le plan œcuménique, Küng déplore le rendez-vous manqué avec les Eglises protestantes, avec les juifs et les musulmans. Les relations avec les bouddhistes et les hindouistes n’étant pas vraiment à l’ordre du jour, il ne reste plus grand monde… Ratée, aussi, la réconciliation avec les peuples premiers d’Amérique latine dont Benoît XVI aurait affirmé qu’ils avaient « ardemment désiré adhérer à la religion de leurs conquérants » et avec les Africains, à qui l’autorisation d’utiliser des préservatifs permettraient de lutter contre le sida et la démographie galopante. A ces questions générales, dont certaines ont été maintes fois discutées jusques et y compris dans les conférences épiscopales en Afrique, Hans Küng ajoute une question encore plus controversée : celle du célibat des prêtres. S’appuyant sur les scandales sexuels qui ont éclaté dans plusieurs pays ces dernières années, il réclame une modification profonde du statut des prêtres catholiques[3], l’autorisation du mariage, qu’il considère comme l’une des solutions à la crise des vocations et un remède à la tentation de la pédophilie. Au passage, il épingle Benoît XVI qui a intégré les prêtres anglicans mariés à l’Eglise de Rome, provoquant ainsi d’inextricables problèmes de conformité au dogme[4] catholique romain.  Il reprendra ces arguments dans sa « Lettre ouverte aux évêques catholique du monde[5] ».

Ce qui frappe, chez Hans Küng, c’est avant tout son style[6]. Phrases courtes, efficaces, vocabulaire précis et direct, points d’exclamations, expressions imagées, il sait se faire comprendre de son lecteur. Nulle périphrase, nulle incise ne vient détourner l’attention, il va droit au but et c’est certainement l’une des raisons pour lesquels il est parvenu à se faire connaître d’un grand nombre de personnes. En revanche, il est moins à l’aise face à une caméra, sa difficulté à manier la langue française le bloquant parfois dans ses expressions. Mais qu’importe, son but était atteint avant qu’on ne l’invite à la télévision : il a fait naître la réaction, il a activé la polémique. Bonne ou mauvaise chose ? Peut-on tout dire ? La provocation sert-elle les causes justes ? A l’heure où l’on constate qu’un lecteur n’accepte de passer que vingt minutes à lire un journal, il faut être efficace. Dans ce cas, quoi de plus percutant qu’une polémique… Pour peu qu’elle génère un peu de « buzz », comprenez : des réactions sur les sites internet des grand journaux, alors les journalistes vont pouvoir s’en emparer, l’analyser, la mettre en perspective. Il y a fort à parier que les théologiens s’y pencheront et, pourquoi pas, les autorités ecclésiastiques catholiques, comme on le voit à propos des scandales de pédophilie et de violences sur les enfants qui touchent actuellement cette Eglise. Impossible, désormais, de passer ces questions sous silence. Impossible, non plus, de ne pas évoquer au passage la question du statut marital des prêtres, celle de l’intégration de prêtres mariés etc. Hans Küng n’est pas le seul théologien à s’intéresser à ces domaines et ce ne sont pas les seuls domaines auxquels il s’intéresse, mais en tant que personnage atypique disposant d’une caution morale et intellectuelle, il représente plus qu’un courant de pensée, une véritable force. Dans une société aussi éprise de vitesse que la nôtre, c’est remarquable.


[1] Mémoires II – Une vérité contestée, Editions Novalis/Cerf, Paris, 2010

[2] « Il faut réunir un concile », article paru dans l’édition du 18 avril 2010 du quotidien Le Monde

[3] « Pour lutter contre la pédophilie, abolissons le célibat des prêtres », article paru  dans l’édition du 5 mars 2010 du quotidien Le Monde

[4] « La politique du pape envers les anglicans est un véritable drame ! », article paru dans l’édition du 29 octobe 200ç du quotidien Le Monde

[5] « Cinq années pour Benoît XVI, une crise de confiance historique – Lettre ouverte aux évêques catholiques du monde », parue notamment dans le quotidien Le Monde du 17 avril 2010.

[6] Je ne lis pas l’allemand, je n’ai donc pu juger que d’après les traductions, mais c’est tout de même une bonne indication.

Qui êtes-vous, Monsieur Hans Küng ?

« N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien le glaive. »[1]

Hans Küng est l’un des rares théologiens à user sans modération de l’art de la polémique. Résultat : il est connu du grand public et ses idées ont quitté les cercles feutrés de la pensée religieuse et/ou universitaire pour être débattues dans les médias et sur cette nouvelle « place publique », l’agora mondiale qu’est Internet, via les blogs, les forums, les sites internet etc. Qui est cet homme ? A la lumière d’une sélection de ses œuvres, voyons brièvement comment s’est structurée sa pensée et quelles sont les idées principales dont il discute aujourd’hui et qui touchent ses lecteurs et auditeurs.

Hans Küng est né le 19 mars 1928 à Sursee, dans le canton de Lucerne, en Suisse. Ordonné prêtre en 1954 après des études de théologie à l’université grégorienne de Rome, il vient soutenir une thèse de doctorat à la Sorbonne, à Paris, intitulée « La justification. La doctrine de Karl Barth et une réflexion catholique[2] ». Cette œuvre, publiée en 1965, vise à pratiquer le dialogue œcuménique car son auteur est convaincu qu’il n’y a pas de séparations dans la foi, mais simplement des différences de langage. En 1960, Küng est nommé professeur de théologie à l’université Eberhard Karl de Tübingen, en Allemagne, et participe, en tant que théologien expert, avec son collègue Joseph Ratzinger, au concile Vatican II (1962 – 1965).

Très tôt à travers ses œuvres, on observe les idées qui vont conduire Hans Küng à prendre position pour une réforme profonde de l’Eglise de Rome, déçu peut-être par les résultats de Vatican II qui ne sont pas à la hauteur des espérances qui y ont été formulées. Dans Structures de l’Eglise[3], il explique l’importance des conciles depuis le Moyen Age, puis dans L’Eglise[4], commence à dénoncer les dérives intervenues au cours des siècles par rapport au message initial contenu dans le Nouveau Testament et, en particulier, les lettres de Paul. Le scandale arrive avec Infaillible, une interpellation[5], livre dans lequel il remet en cause l’infaillibilité du pape. « On en parlait depuis 1293, expliquait-il le 12 février 2010 dans l’émission « Bibliothèque Médicis », sur la chaîne de la TNT française Public Sénat, mais le dogme n’a été proclamé qu’au concile Vatican I en 1870. Il ne résiste pas à un examen sérieux car il n’est fondé ni sur le Nouveau Testament, si sur la tradition. » En 1974, Hans Küng publie Etre chrétien[6], une somme de près de mille pages qui a pour ambition d’analyser le monde contemporain, si différent de celui dans lequel se sont déroulés les événements contenus dans le Nouveau Testament puis, à travers la critique serrée des illusions et des réductions imposées au christianisme tant par les chrétiens que par leurs adversaires, de faire parvenir le lecteur à une foi en Christ plus vraie et plus libre. Cette œuvre va susciter de nombreux et âpres commentaires parmi lesquels ceux de la Conférence épiscopale allemande, lesquels déboucheront sur un ouvrage collectif rédigé par des théologiens allemands, Diskussion über Hans Küngs Christ sein[7] , dans lequel il est reproché à Küng de donner un statut exclusif aux écritures et de négliger la tradition de l’Eglise. En un mot : Hans Küng est protestant… Les mesures administratives de rétorsion commencent : en 1975 une mise en garde lui est adressée par la Congrégation pour la doctrine de la foi[8]. Quatre ans plus tard, celle-ci lui interdit d’enseigner la théologie et de contribuer à l’acquisition, par les étudiants, des diplômes universitaires catholiques. L’Institut d’études œcuméniques qu’il dirige est alors détaché de la Faculté de théologie catholique et rattaché directement à l’université Karl Eberhard. C’est de là, désormais, que Hans Küng va défendre ses idées, au moyen de ses livres mais aussi de ses très nombreux articles, et poursuivre son méthodique travail œcuménique. En 1990, il rédige un livre-programme, Projet d’éthique planétaire[9], qui affirme que les religions ne pourront contribuer à la paix dans le monde qu’en réfléchissant à ce qui, dès à présent, leur est commun dans le domaine des convictions éthiques. C’est le point de départ de la Fondation pour une éthique planétaire[10] (Weltethos), qu’il dirige.


[1] Evangile selon Matthieu (10, 34), TOB

[2] Desclée De Brouwer, Paris, 1965

[3] Desclée De Brouwer, Paris, 1963

[4] Desclée De Brouwer, Paris, 1968

[5] Desclée De Brouwer, Paris, 1971

[6] Editions du Seuil, Paris, 1978

[7] Mainz, 1974

[8] La Congrégation pour la doctrine de la foi est chargée, selon la constitution apostolique Pastor Bonus du pape Jean-Paul II, de « protéger et promouvoir la doctrine et les mœurs conformes à la foi dans tout le monde catholique ». Elle a fait l’objet de plusieurs réformes au cours du XXème siècle, car elle était à l’origine chargée de l’inquisition. Son préfet le plus célèbre, qui a pris ses fonctions en 1981, est le cardinal Ratzinger, aujourd’hui pape Benoît XVI. Lorsque les sanctions frappent Hans Küng, elle est dirigée par Mgr Franjo Seper depuis 1968.

[9] Editions du Seuil, Paris, 1991

[10] www.weltethos.org/dat_fra/indx_0fr.htm