2013 mars 7 | la vie a un sens

Tous appelés

…J’entendis la voix du Seigneur, disant: Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous? Je répondis: Me voici, envoie-moi.

Esaïe 6, 1-8

…je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu. Par la grâce de Dieu je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi n’a pas été vaine; loin de là, j’ai travaillé plus qu’eux tous, non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi. Ainsi donc, que ce soit moi, que ce soient eux, voilà ce que nous prêchons, et c’est ce que vous avez cru.

1ere épitre aux Corinthiens 15, 1-11

…Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus, et dit: Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur.[…]. Alors Jésus dit à Simon: Ne crains point; désormais tu seras pêcheur d’hommes. Et, ayant ramené les barques à terre, ils laissèrent tout, et le suivirent.

Luc 5, 1-11

Les trois textes du jour, chacun à leur façon, racontent la même histoire. Celle d’une invitation à répondre à l’appel de Dieu. Trois récits de vocation : celle d’Esaïe, celle de Simon, Jacques et Jean, celle de Paul.
Trois récits impressionnants. Ceux qui sont appelés, n’en mènent pas large. Ce qui est frappant, c’est la similitude des trois récits. Au début de chacun, la prise de conscience par Esaïe, Simon, Jacques Jean et Paul d’un échec, d’une incapacité à faire ce qu’ils aimeraient faire.
Esaïe est émerveillé par sa vision, il jouit de son extase mystique, jusqu’à ce qu’il réalise qu’il n’est pas à sa place dans cette intimité divine, parce qu’il appartient à un peuple qui déraisonne : « Malheur à moi! je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j’habite au milieu d’un peuple dont les lèvres sont impures, et mes yeux ont vu le Roi, l’Éternel des armées. »
Simon, Jean et Jacques sont revenus bredouilles de la pêche : ils y ont passé la nuit. Jésus leur dit de jeter les filets et ils le font par obéissance. Quand ils retirent des filets pleins à craquer : « Simon Pierre tombe aux genoux de Jésus, et dit: Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur. ».
Paul est un juif pieux, il se sent menacé dans ses convictions, et il en vient à encourager la lapidation d’Etienne, à être l’un des persécuteurs les plus zélés de ces nouveaux disciples d’un dénommé Jésus : « moi l’avorton, le moindre des apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu. ».
Esaïe, Simon, Jacques Jean et Paul ont pris conscience de leur incapacité à faire face à ce qui s’annonce. Ils s’en sentent indignes.
La parole de Dieu vient les relever tous les trois.
L’un des séraphins pose l’une des braises de l’autel sur les lèvres d’Esaïe et lui dit « ton iniquité est enlevée, et ton péché est expié »
Jésus dit à Simon : « Ne crains pas; désormais tu seras pêcheur d’hommes »
Paul écrit : « Par la grâce de Dieu je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi n’a pas été vaine ».
Et une fois relevés Esaïe, Simon, Jacques Jean et Paul ne se posent plus de question et se mettent à l’ouvrage.
Esaïe raconte : « J’entendis la voix du Seigneur, disant: Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous? Je répondis: Me voici, envoie-moi. »
Simon, Jacques Jean et Paul « ayant ramené les barques à terre, [ils] laissèrent tout, et le suivirent. »
Paul écrit : « loin de là, j’ai travaillé plus qu’eux tous, non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi. »
C’est une affaire de confiance réciproque. La confiance qu’ils ont tous en la confiance que Dieu a qu’ils mèneront leur tâche à bien.
Ça me rappelle quand ma fille Mathilde était bébé. Elle avait trouvé une façon bien à elle de ramper assise, et elle ne voyait pas l’utilité de se mettre debout pour marcher. A quinze mois elle ne marchait toujours pas. Et un jour où on jouait toutes les deux par terre, j’étais en train de la filmer avec la caméra, et je lui ai dit « alors Mathilde : tu viens ?». Elle m’a regardée, elle s’est levée et elle est venue dans mes bras. Elle a eu confiance dans la confiance que j’avais qu’elle y arriverait, et elle y est arrivée.
Ce n’est pas que je me prenne pour Jésus, c’est juste pour qu’on se comprenne bien sur cette histoire de réciprocité.
Sans réciprocité, la confiance n’a aucun effet. Si j’ai confiance dans le fait que vous pouvez tous repartir du temple en marchant sur les mains, ça ne va pas nous avancer beaucoup, parce que vous vous n’avez pas confiance en mon jugement sur votre forme physique, et vous ne ferez rien, vous n’essaierez d’ailleurs même pas, et il ne se passera rien.
Esaïe, Simon, Jacques Jean et Paul ont eu confiance en la confiance que Dieu avait qu’ils mèneraient leur tâche à bien. Cette confiance leur a donné des ailes pour surmonter leurs craintes. Ils ont tous mené à bien ce à quoi ils étaient appelés, leur vocation de prophète et d’apôtres. Tous rassemblés dans ce temple, nous en sommes la preuve vivante ce matin.
Et nous, à quoi sommes-nous appelés ? Quelle est notre vocation ? La vocation n’est pas uniquement réservée aux prophètes et aux apôtres. Chacun d’entre nous ce matin a une vocation. Chacun d’entre nous est appelé, la question est de savoir à quoi. Les textes de ce matin nous donnent une méthode en 3 étapes.

1ère étape : l’envie
Ça part bien : Dieu ne nous appelle pas à faire des choses malgré nous. On ne peut pas se forcer à bien faire quelque chose que l’on n’aime pas faire. Je ne veux pas dire qu’il ne faut jamais faire d’efforts (comme faire ses devoirs à l’école ou terminer une tâche qui nous casse les pieds au boulot), mais la bonne nouvelle, c’est que notre vocation ne peut pas être de faire en permanence des choses dans lesquelles nous ne trouvons aucun plaisir.
Mais cette envie, il faut aussi savoir l’écouter. A force de formatage de notre famille et de la société à nous conformer à leurs attentes, nous pouvons en arriver à refuser d’écouter la voix intérieure qui nous invite à faire autre chose. « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » nous dit Jésus. Des paroles qui dérangent, mais ce que Jésus nous dit, ce n’est pas de haïr nos proches, simplement de ne pas les laisser nous envahir par un amour possessif. Le seul amour possessif que nous pouvons accepter en toute liberté, c’est l’amour de Dieu.
Ecoutons donc notre voix intérieure et nos envies.

2e étape : la prise de conscience de nos limites
Nos envies, c’est le point de départ, mais une envie qui n’a pour moteur que nos désirs va s’épuiser face aux obstacles, ou devenir une obsession. Prendre conscience de nos limites, c’est le garde-fou qui va nous empêcher de nous conduire comme un enfant gâté qui veut tout, tout de suite, et se met en colère s’il ne l’obtient pas, en détruisant tout ce qui se trouve à portée de main.
Donc règle n°2 : si vous ne voyez aucun obstacle à votre projet, que vous vous dites que vous avez toutes les compétences requises et tous les moyens nécessaires pour réussir, je vous dis : attention, danger !

Mais il n’y a pas que nous qui ayons des limites.
Nous étions hier accueillis par la paroisse du Vésinet pour échanger nos points de vue sur la meilleure façon d’organiser l’entraide professionnelle. Nous en venons à une discussion sur la vocation d’où ressortent de la part de nos interlocuteurs les deux points de vue suivants, qu’il me paraît intéressant d’évoquer ce matin, en appui de mon propos sur le discernement.

1er point : la vocation ne concernerait que les prêtres, les pasteurs, … : les autres ne font que travailler pour gagner leur vie : c’est donnant donnant : du travail en échange d’un salaire.
Que ce soit comme ça que ça se puisse se passer j’en suis bien sûr d’accord : on a tous un jour ou l’autre fait des boulots qui ne nous plaisaient pas, simplement pour gagner notre vie. De là à limiter notre objectif dans la vie à simplement la gagner, ça me paraît un peu juste – et pas qu’à moi : (Lc 9,25) : à quoi sert-il à un être humain de gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ? Notre but dans la vie ne peut pas être uniquement de passer 8 à 10 heures par jour juste à gagner de l’argent. Dieu a un projet pour chacun d’entre nous, et il n’appelle pas que les prêtres ou les pasteurs. Ne laissons pas les difficultés économiques nous anesthésier dans un à peu près. Bien sûr il y aura toujours les petits boulots, mais ne laissons pas les difficultés de la vie prendre la conduite de notre existence : gardons l’espoir de parvenir à notre vocation, au projet de Dieu pour nous.

2e remarque, corollaire de la première : mieux vaut garder une certaine distance par rapport au travail, on voit trop de dégâts chez ceux qui se sont beaucoup investis et se font licencier. Ils sont détruits.
C’est vrai, et j’en ai rencontré personnellement beaucoup. C’est un point capital du discernement. Notre vocation est affaire personnelle entre Dieu et nous. Elle ne peut pas reposer sur autre chose que Dieu et nous. C’est en cela que, quelque part, les vocations de prêtres et de pasteurs sont plus évidentes que les vocations de plombiers. Mais on peut aussi être un excellent plombier, et avoir la vocation de rendre service à tous ceux qui pestent contre leur évier bouché ou la chasse d’eau qui fuit. D’être heureux de faire du bon travail, de repartir après avoir réglé le problème. Là où il faut faire attention, c’est à ce que notre vocation telle que nous la discernons soit bien entre nos mains sous le regard de Dieu, et non la seule poursuite de la satisfaction d’un supérieur hiérarchique qui sera peut-être parti demain, ou d’une société qui sera peut-être obligée de nous licencier après-demain. C’est Dieu qui nous appelle, et pas notre chef, ou la société qui nous emploie. Notre chef, notre société, l’association à laquelle nous adhérons, tout comme nous, sont des êtres faillibles, d’autant plus exposés aux erreurs que la situation économique est difficile. Demain il faudra pouvoir les leur pardonner, ces erreurs. Et ce sera quasiment impossible si nous les avons laissés prendre la conduite de notre existence, et investir notre identité.

Ne vous voilez pas la face : considérez honnêtement votre projet, toutes les embûches qui vous attendent, tous les efforts qu’il vous faudra fournir, et quand vous en serez quasiment à renoncer sous le poids des questions et des incertitudes, alors seulement vous serez mûrs pour la 3e étape.

3e étape : l’appel de Dieu
Je relis l’Evangile de Luc : « ils prirent une grande quantité de poissons, et leur filet se rompait. Ils firent signe à leurs compagnons qui étaient dans l’autre barque de venir les aider. Ils vinrent et ils remplirent les deux barques, au point qu’elles enfonçaient. Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus, et dit: Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur. Car l’épouvante l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de la pêche qu’ils avaient faite. »
La pêche miraculeuse, ce n’est pas une partie de plaisir : les filets se déchirent, les barques manquent de couler.
C’est lorsque nous doutons de nous, de nos capacités à mener à bien ce que nous voulions faire, que nous serons prêts à recevoir la confiance de Dieu nous accorde pour le réaliser. Alors nous saurons que nous avons trouvé notre vocation.
Comment se manifeste la confiance de Dieu ?
De deux manières : par les messagers, et par la prière.
Les messagers, ce sont ceux qui viendront nous remonter le moral, nous aider, nous donner de leur temps ou de leur argent pour que nous puissions continuer, ou tout simplement nous témoigner de leur espoir qu’on y arrive parce que eux, ce projet, ils le trouvent vraiment génial. C’est la deuxième barque qui vient au secours de celle de Simon qui commence à couler.
Les messagers, et la prière
Ultimement, c’est la prière qui nous dira si nous devons continuer à écouter notre envie, qui nous montrera le chemin que Dieu prépare pour nous. Comme le dit Alexandre Vinet : « la prière est le lieu de la vérité ».Nous y présentons à Dieu nos envies, nos espoirs, nos doutes, ce que nous avons reçu des autres, et ce face à face avec l’Esprit Saint qui nous anime nous guidera vers le projet de Dieu pour nous, notre vocation.

« Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus, et dit: Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur.[…]. Alors Jésus dit à Simon: Ne crains point; désormais tu seras pêcheur d’hommes. Et, ayant ramené les barques à terre, ils laissèrent tout, et le suivirent.»

Simon répond à sa vocation ; à nous de discerner la nôtre, qui utilisera au mieux les dons que nous avons reçus.

Que Dieu nous aide donc à discerner notre vocation, et à y répondre : plombier, artiste peintre, enseignant, musicien, mère ou père au foyer, fonctionnaire au service de l’Etat, bénévole dans une association, gardien d’immeuble, …tout est possible pour autant que :
1- nous en ayons envie,
2- que nous soyons conscients des difficultés à bien y répondre, sans se tromper : Dieu seul peut nous appeler,
3- que les messagers nous aient encouragés dans la voie que nous avons choisie, et que la vérité se soit fait jour dans la prière.

Je vous propose un temps de silence, pour prier ensemble pour nos vocations, présentes et à venir, et pour les vocations de ceux dont nous serons les messagers.