Me voici
Boissy Saint Léger 7 novembre 2010

Après ces choses, Dieu mit Abraham à l’épreuve, et lui dit: Abraham! Et il répondit:
Me voici!

Genèse 22, 1

Les hommes et les femmes qui sont jugés dignes de se relever d’entre les morts et de vivre dans le monde à venir [...] ne peuvent plus mourir, ils sont pareils aux anges. Ils sont fils de Dieu, car ils ont passé de la mort à la vie.[...]
Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants, car tous sont vivants pour lui.

Luc 20, 34-38

Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants, car tous sont vivants pour lui.
Quand Jésus répond aux questions des sadducéens sur la mort, il leur parle de la vie.
Qui sont ces sadducéens qui interpellent Jésus ?
Les sadducéens sont l’une des mouvance au sein des juifs d’Israël. Il y avait du temps de Jésus aussi d’autres mouvances : les pharisiens, les esséniens, les zélotes ou les hérodiens.
C’était comme aujourd’hui chez les chrétiens, où il y a les catholiques, les protestants, les orthodoxes. L’œcuménisme existait déjà du temps de Jésus. : Tous juifs par l’essentiel – la foi dans le Dieu d’Israël, avec des différences de sensibilité sur d’autres questions – comme on le lit dans ce texte.
Ce texte commence par une question.
Il y a bien des façons de poser des questions. Il y a les vraies questions, celles qui attendent une réponse. Une vraie question, ce serait  : “Que faut-il penser de la résurrection ?”.
Et puis il y a les fausses questions qui cachent autre chose. C’est la fausse question que posent les sadducéens : “Et alors, si une femme épouse 7 frères, de qui sera-t-elle l’épouse une fois ressuscitée ?”. Ils n’attendent pas de réponse parce qu’ils pensent qu’ils l’ont déjà. Pour eux, la résurrection n’existe pas, et la question qu’ils posent à Jésus est formulée de manière à ridiculiser l’idée-même de la résurrection. En fait, ils lui disent : “Tu vois bien que la résurrection n’est pas possible, car alors cette femme qui de son vivant a épousé 7 hommes l’un après l’autre, une fois ressuscitée, elle se retrouve avec les 7 à la fois.” Du temps de Jésus, la polygamie n’existe plus – et depuis bien longtemps. Donc la résurrection ne peut pas exister puisqu’elle conduit à une situation grotesque. CQFD.
Jésus ne se laisse pas démonter. Il répond en deux temps.
Dans un premier temps, il répond sur ce qu’est la résurrection. Si la résurrection existe, elle ne peut être une reproduction à l’identique de ce monde.
Il nous dit : “ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection des morts […] ne peuvent plus mourir, car ils sont pareils aux anges.”
Deux point importants à noter :
Tout d’abord : “ceux qui ont été jugés dignes“. La résurrection est précédée d’un jugement.
Ensuite : “ils ne peuvent plus mourir, ils sont pareils aux anges“. Dans le Premier comme dans le Nouveau Testament, les anges sont les messagers de Dieu. Jésus nous indique ainsi que la résurrection nous rapproche de Dieu, et cette proximité nous rend immortels.
Jésus répond donc dans un premier temps aux sadducéens que la résurrection n’est pas une nouvelle partie qu’il faudrait rejouer dans les mêmes conditions que notre vie actuelle, mais qu’il s’agit de tout autre chose qui nous place bien loin des contingences terrestres. Retour à l’envoyeur de la question des sadducéens : on ne peut pas nier la résurrection sur la base de leur argumentation, car cette argumentation part d’une conception erronée de ce qu’est la résurrection. La résurrection est rapprochement de Dieu, et libération des contraintes terrestres. Rien à voir avec une réincarnation qui nous ferait revivre notre vie terrestre.

C’est après avoir désamorcé cette polémique que Jésus nous livre son véritable enseignement sur la résurrection.
Cet enseignement commence par faire référence à Moïse qui, face au buisson ardent nomme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Quelle relation avec la résurrection ? C’est que le sacrifice d’Isaac, interrompu au dernier moment par Dieu, est compris par les juifs comme une résurrection. L’épître aux Hébreux le reformule ainsi : “Abraham estima que Dieu avait le pouvoir de ramener Isaac d’entre les morts ; c’est pourquoi Dieu lui rendit son fils“.
Isaac était mort, sacrifié, et Dieu lui redonne vie en interrompant le geste d’Abraham. Dieu ressuscite Isaac, et de la descendance d’Isaac naît tout le peuple hébreu, que Moïse fait renaître de nouveau en le sortant de l’esclavage d’Egypte.
Mais Isaac et les Hébreux d’Egypte étaient bien vivants me direz-vous ? Oui. Et c’est la leçon la plus importante de ce passage : la résurrection nous concerne, nous, avant tout.
La résurrection concerne avant tout les vivants.
Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants, car tous sont vivants par lui.
Nous avons relu Genèse 22. Nous restons impressionnés par la foi extrême d’Abraham. A l’appel de Dieu, Abraham répond simplement : “Me voici“. Il ne pose pas de question, il ne discute pas. Il fait ce que Dieu lui demande, quand bien même Dieu semble revenir sur sa promesse en lui demandant de sacrifier le fils unique qui devait lui assurer une descendance innombrable. Abraham ne se rebelle pas, il ne questionne pas. Il fait ce que Dieu lui demande. Il ne craint pas l’absurde car sa confiance en Dieu est inouïe au point de croire que cette absurdité a un sens.
Et son fils lui est redonné, récompense infinie d’une foi inébranlable.

Ce que veut nous faire comprendre Jésus en faisant référence à la lignée d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, devenue ce peuple d’Israël né d’un enfant qui devait mourir, c’est que la résurrection est intimement liée à la foi, et qu’elle concerne avant toute chose les vivants.
Et de fait Jésus nous dit : “Ils sont fils de Dieu car ils ont passé de la mort à la vie“. Ça c’est surprenant. On s’attendrait à lire l’inverse : ils sont passés de la mort à la vie car ils sont fils de Dieu – On s’attendrait à ce que Jésus nous explique que c’est Dieu qui ressuscite ses enfants. Or il nous dit que c’est parce que nous nous sommes ressuscités – c’est parce que nous sommes passés de la mort à la vie, que nous sommes fils de Dieu. C’est extraordinaire : Jésus nous dit ici que la décision de ressusciter – de passer de la mort à la vie – nous appartient, et que c’est cette décision qui fera de nous des fils de Dieu.
Comme Abraham, Dieu nous appelle, et c’est à nous de décider de répondre simplement : “Me voici“. J’ai parlé de jugement tout à l’heure : “ceux qui ont été jugés digne de se relever d’entre les morts et de vivre“. Ce jugement, c’est nous-mêmes qui en décidons avec la réponse que nous choisissons de donner à l’appel de Dieu.
Il nous suffit simplement de répondre : “Me voici “.
Et comme Abraham, faisons confiance à Dieu pour le reste, même s’il nous paraît absurde. Jésus nous propose d’avancer pas à pas : sachons ressusciter à Dieu maintenant, dans notre vie de vivant, et remettons-nous à lui pour la suite.
Jésus ne veut surtout pas nous voir sacrifier notre vie ici-bas en contrepartie d’une vie à venir. Il ne nous dit pas : finis tes épinards et tu auras le dessert après. Il nous invite à manger nos frites, et il se réserve le droit de nous offrir une mousse au chocolat en plus à la fin.
Ces versets doivent nous rendre vigilants face à tous les discours qui voudraient nous faire sacrifier notre vie terrestre en contrepartie d’un avenir meilleur.
La résurrection peut être un levier très efficace pour envoyer à la mort les soldats dont on veut exploiter le sacrifice. Ne vous en faites pas les gars : allez-y et vous serez payés au centuple dans l’au-delà. C’est ce discours qui a attisé toutes les guerres de religion. C’est ce discours qui fait s’écraser des avions sur les tours de Manhattan. Plus classiquement, c’est le discours de tous les exploiteurs qui veulent tranquilliser ceux qu’ils exploitent en leur assurant un avenir meilleur.
Ce qui est très important dans l’enseignement que ces versets nous donnent, c’est que la résurrection est d’abord affaire de foi, et donc affaire personnelle et intime : Dieu m’appelle, moi personnellement. Je ne suis comptable qu’à Dieu de ma réponse, et je n’ai pas à écouter ceux qui voudraient m’exploiter par des sacrifices inutiles,
Bien au contraire, Dieu me veut ressuscité, ici et maintenant : ma résurrection, c’est tous les jours que je peux la faire en choisissant de répondre à son appel “Me voici“.
Il ne me demande pas de me sacrifier pour plus tard, il me demande de répondre – personnellement, maintenant. Et si cela doit me conduire à certains sacrifices, c’est ma décision, et celle de personne d’autre.
Dieu est le Dieu des vivants, le Dieu de l’avenir, non du passé. On ne refait pas sa vie, on la continue, en choisissant tous les jours de répondre “Me voici“.
Dieu nous donne une intuition de la vie future en nous ouvrant aux vivants qui nous entourent, qui ont besoin de notre aide, comme nous avons besoin de la leur, en nous axant sur l’essentiel et ses urgences.
Peu importe de se faire des nœuds dans la crâne comme les sadducéens. Ici et maintenant, renaissons à nous-mêmes dans l’intimité de Dieu en suivant les pas du Christ, de sorte qu’à notre dernier soupir, nous ayons déjà vécu une belle vie qui nous permette de nous dire en paix :

“Cela n’a pas été un long fleuve tranquille, mais c’était bien. Je peux m’arrêter là.
Tout le reste à venir, c’est du bonus.

Me voici”.



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