Dieu existe-t-il ? (2) | la vie a un sens

Dieu existe-t-il ? (2)

Toujours pas de réponse à la question, mais une excellente pièce à verser au dossier. Je termine à l’instant où j’écris ces lignes la lecture de « L’Esprit du don » de Jacques T.  Godbout (la « middle initial » trahit son origine canadienne), disponible en poche pour la modique somme de 12 euros (cliquez sur le lien de l’image pour le retrouver chez un libraire en ligne bien connu).

Foin de théologie  : nous voici dans un très sérieux ouvrage  d’ethnologie, qui se lit comme un roman. En quelques mots, histoire de vous mettre en appétit, l’auteur y définit le don comme « le mouvement social perpétuel », rien de moins que ce qui fonde toutes nos sociétés.

Le don est un acte en trois temps : donner, recevoir, rendre.

Le don de départ est gratuit, libre et spontané : le donateur ne sait pas encore si on lui rendra, et la prise de risque initiale fait partie intégrante du don. Fait également partie de cet acte de don le plaisir qu’on en retire. Que voilà un début réjouissant.

Quand celui qui reçoit, le donataire, accepte le don, il accepte en même temps l’obligation de rendre : c’est le contre-don. Dans une logique de contre-don, on  rend toujours un peu plus : pas trop, car sinon on se met dans une position de domination de l’autre, mais un peu plus quand même car un don que l’on rend de manière strictement équivalente n’est pas un contre-don, c’est un remboursement de dette qui met fin à l’échange.

Le donataire devient ainsi donateur, et le léger surplus met le donateur initial en situation de devoir rendre à son tour un peu plus.

C’est la tension de dette permanente entretenue entre les deux protagonistes qui crée la dynamique du don et entretient le lien social. L’auteur en donne de multiples exemples, à commencer par le couple : « Un couple qui vise l’égalité dans la répartition de l’ensemble des échanges est un couple dont la dynamique l’entraîne vers la rivalité permanente, vers l’établissement d’un rapport marchand, et vers la rupture. Il faut atteindre le stade du don, où chacun considère qu’il reçoit quelque chose d’unique, qu’il ne pourra jamais rendre tout ce que l’autre lui donne, en sorte que les deux partenaires ont l’impression de devoir plus qu’ils reçoivent. L’inégalité devient consubstantielle au rapport et nourrit sa dynamique. Un couple qui fonctionne bien vit dans un état de dette permanent. »

Sommes-nous tous des hypocrites lorsque, recevant un cadeau, l’échange typique est : « Tu n’aurais pas dû! » – « Penses-tu, ce n’est rien » ? Que nenni nous décrypte l’auteur. Nous rassurons simplement le donataire sur la liberté qui est la sienne de rendre ou non. Et plus sa liberté de rendre est grande, plus grande sera la valeur à nos yeux de ce qu’il nous rendra, contribuant ainsi à cette spirale de générosité qui entretient tout lien social.

Que ces quelques paragraphes de synthèse donnés en guise d’apéricubes vous incitent à lire les quelque 300 pages de cet opuscule : vous y découvrirez les nouvelles pistes de réflexion de la sociologie économique, qui battent en brèche l’omniprésence des théories du tout marchand ou de l’État providence. Pour Jacques Godbout, les trois systèmes sont complémentaires dans nos sociétés ;  ils s’interpénètrent et se nourrissent mutuellement, et l’auteur conclut que le système du don englobe les deux autres.

C’est quand même la plus belle définition du Royaume de Dieu qu’il m’ait été donné de lire :-)



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