Ce souffle qui nous chatouille

Aussitôt un grand vent souffla, avec une violence telle qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers devant le Seigneur ; mais le Seigneur n’était pas présent dans ce vent. Après le vent il y eut un tremblement de terre ; mais le Seigneur n’était pas présent dans le tremblement de terre. Après le tremblement de terre il y eut un feu ; mais le Seigneur n’était pas présent dans le feu. Après le feu il y eut le bruit d’un léger souffle.
1er Livre des Rois, chap.19, versets 11-12

Jean rendit ce témoignage: J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et s’arrêter sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser d’eau, celui-là m’a dit: Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et s’arrêter, c’est celui qui baptise du Saint Esprit. Et j’ai vu, et j’ai rendu témoignage qu’il est le Fils de Dieu.
Évangile selon Jean, chap.1, versets 32-34

Ils étaient tous dans l’étonnement, et, ne sachant que penser, ils se disaient les uns aux autres: Que veut dire ceci? Mais d’autres se moquaient, et disaient: Ils sont pleins de vin doux.
Actes des Apôtres, chap.2, versets 12-13

Dans le premier texte, l’Esprit de Dieu insuffle à Élie le courage de continuer.
Dans le second, Jean témoigne que Jésus reçoit pour nous le Saint-Esprit que son Père lui envoie.
Dans le troisième, nous voyons cet Esprit à l’œuvre avec les Apôtres, sous le regard ébahi de la foule.

Trois textes, trois témoignages de l’Esprit de Dieu à l’œuvre.
Ce sera le thème de notre réflexion aujourd’hui : l’Esprit de Dieu à l’œuvre dans nos vies.

Je voudrais commencer avec ce qui me semble une grande source de malentendu. Pourquoi – diable :-) – avons nous traduit le terme grec de pneuma par Esprit ?
Le mot Esprit me fait penser à un fantôme invisible et baladeur, qui viendrait nous rendre visite de temps à autres. Me vient à l’esprit l’image de la fée Clochette dans le film Peter Pan de Walt Disney : on la voit à un moment qui volète d’un point à l’autre en semant des étoiles. Voilà à quoi me fait penser le mot Esprit. Une espèce de baguette magique incontrôlable qui se balade où bon lui semble. Et Dieu nous enverrait cette fée charmante mais un peu irresponsable pour venir nous aider de temps à autre ?
C’est faire bien peu de cas de l’amour que Dieu nous porte, que de penser qu’il s’en remettrait à un esprit baladeur pour nous venir en aide.
Pneuma – qui en grec veut dire souffle, esprit – traduit l’hébreu Rouar qui veut dire vent, souffle, pensée. Souffle/pensée au sens de ce qui fait de nous des êtres vivants qui communiquent entre eux. Comme le premier souffle qui fait pousser un cri au nouveau-né, comme ces paroles que l’on murmure à l’oreille de la personne que l’on aime, comme ce dernier souffle que l’on recueille sur les lèvres des mourants.
Ce mot souffle porte pour moi deux notions qui sont complètement perdues lorsque l’on utilise le mot Esprit.
La première, c’est qu’un souffle ne peut pas être immobile, statique. Par définition, le souffle est mouvement, dynamique, communication, pont jeté entre deux vies.
La seconde, c’est que ce mouvement est orienté : il ne batifole pas. Il vient de quelque part pour aller quelque part. Le souffle de vie est une respiration, tantôt aspiration et tantôt expiration, de l’extérieur vers l’intérieur de nous-mêmes, puis de l’intérieur vers l’extérieur. Le souffle que Dieu nous envoie, qui nous pénètre, et que nous soufflons à notre tour vers les autres. Le souffle est mouvement perpétuel de l’amour de Dieu vers l’homme, puis au travers de l’homme vers les autres.
Donc, si vous le voulez bien, je continuerai notre réflexion en parlant de souffle d’Amour et non plus d’Esprit Saint.

Des textes – denses – que nous avons lus, je vous propose aujourd’hui d’approfondir les deux points suivants :

Tout d’abord, dans Élie à l’Horeb, nous voilà face à un homme à bout, profondément dépressif, qui n’en peut plus et qui veut mourir. Et on imagine que Dieu dans sa toute-puissance va voler au secours de son grand prophète.
Mais le texte nous dit :
“il y eut un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers: l’Éternel n’était pas dans le vent. Et après le vent, ce fut un tremblement de terre: l’Éternel n’était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, un feu: l’Éternel n’était pas dans le feu. Et après le feu, un murmure doux et léger.”
C’est dans ce léger souffle qu’Élie reconnaît Dieu. Le texte hébreu est encore plus beau et poétique : il écrit non pas “un léger souffle” mais “la voix d’un silence ténu”. Une voix qui parle silencieusement à Élie, et qu’Élie reconnaît.
Face aux difficultés de la vie, nous sommes seuls, seuls à devoir décider. Mais la bonne nouvelle, c’est que notre solitude-même crée un vide, une dépression. Et ce vide, cette dépression, engendrent l’aspiration que le souffle d’Amour vient combler – jusqu’à notre dernier souffle où son Amour nous envahit tout entier..
Aspirer à l’Amour de Dieu nous est aussi naturel que de respirer, et ce souffle nous libère.

Ce qui m’amène à mon 2e sujet de réflexion, qui porte sur le texte des Actes des Apôtres, qui conclut :
« Tous étaient stupéfaits, et perplexes ils se disaient l’un à l’autre : “Qu’est-ce que cela veut dire ?” mais d’autres raillaient et disaient : “Ils sont pleins de vin doux”. »
Le Nouveau Testament se met à faire de l’humour. Il écrit “Ils sont pleins de vin doux” comme on dirait aujourd’hui “Ils ont pété un câble”.
Voilà que tous autant que nous sommes, lorsque le souffle d’Amour nous traverse, notre comportement devient surprenant – pour ne pas dire bizarre – pour ceux qui nous connaissent. Honnêtement, qui d’entre vous ne s’est pas un jour ou l’autre senti animé d’une pulsion subite pour faire quelque chose d’inhabituel pour venir en aide à quelqu’un ? Quitte à devoir faire ensuite le grand écart pour se justifier auprès de nos proches ? C’est sans doute la plus grande liberté qui nous soit donnée, d’accepter de péter un câble pour la plus grande gloire du souffle d’Amour. N’ayons pas peur : nous ne sommes pas parfaits, et donc le pétage de câble ne nous guette pas à tous les tournants de la vie. La plupart du temps, nos imperfections et notre sens du politiquement correct nous mettent à l’abri. Mon message aujourd’hui est : sachons quand même nous laisser aller. N’ayons pas peur d’être nous-mêmes, vraiment nous-mêmes, en nous laissant aller quand le souffle d’Amour nous chatouille. Peu importe le qu’en dira-t-on.
A une époque qui était autrement guindée que la nôtre, Albert Schweitzer appelait déjà ses ouailles à se libérer de la bienséance et de la politesse pour aller spontanément vers les autres – il nous dit dans un sermon daté de juillet 1919 : “Là où la loi et le cœur entrent en conflit, la force de l’esprit nous délivrera de la force de la loi. L’esprit nous autorise à faire connaître notre “douceur” à tous ceux qui pourront s’en trouver heureux, comme nous sommes en droit d’accueillir la douceur d’autrui, sans nous laisser inhiber par tout ce qui dans la vie ordinaire nous condamne à être les uns pour les autres comme des étrangers. De cette manière donc, nous tenterons de devenir des hommes sensibles et naturels, et nous répandrons autour de nous cet évangile de la simplicité du cœur dont notre monde a tellement besoin. Et c’est ainsi que nous contribuerons à la formation d’un nouvel esprit d’humanité”.
C’est un maître en pétage de câble qui nous parle, qui laisse tomber une carrière académique et de grand musicien pour aller bâtir un dispensaire au fin fond du Gabon. Reprendre des études de médecine à 30 ans, il fallait être fou, et toute sa famille avait cherché à l’en dissuader. Il écrit dans ses mémoires : “Lorsque je me présentai, en qualité d’étudiant, au professeur Fehling, alors Doyen de la faculté de médecine, il m’eût volontiers adressé à l’un de ses collègues de psychiatrie”.
Nous ne sommes pas des Albert Schweitzer, et nous ne finirons pas Prix Nobel – enfin vous je ne sais pas, mais moi pas. Je prends simplement cet exemple pour que, tous autant que nous sommes, face à nos pétages de câble ou à ceux de nos proches, nous y réfléchissions à deux fois avant de mettre les bâtons dans les roues, ou de critiquer comme loufoques des initiatives jugées trop généreuses.

Mais comment savoir ? Où tracer la frontière entre souffle d’Amour et folie ? Ça n’est sans doute pas si simple puisque Paul lui-même écrit : « Où est-il le sage ? Où est-il l’homme cultivé ? Où est-il le raisonneur de ce temps ? Dieu n’a-t-il pas frappé de folie la sagesse du monde ? » (1Co, 30)
Je vous propose un premier élément de réponse – donné par Albert Schweitzer, toujours dans ses mémoires, lorsqu’il relate ses adieux à sa paroisse avant de partir au Gabon : « Mon dernier sermon à Saint-Nicolas était consacré à la bénédiction de l’apôtre Paul dans l’épître aux Philippiens (Phil 4,7) ” Que la paix de Dieu qui surpasse l’intelligence, garde vos cœurs et vos esprits en Jésus-Christ”, paroles par lesquelles, pendant des années, j’avais toujours terminé le culte.”.»

La paix de Dieu qui surpasse l’intelligence.

Ce qui rejoint la très utile boussole que nous a donnée le pasteur François Anglade à l’occasion de l’une des réunions Alpha organisées par la paroisse en 2008.

Si, chatouillés par le souffle d’Amour, votre esprit rationnel vous interpelle pour vous demander si vous n’êtes pas en train de commettre une folie, posez-vous les 3 questions suivantes :
1- est-ce que c’est conforme aux Ecritures ?
2- est-ce que ça va vers plus d’Amour ?
3- est-ce que cette décision m’apporte la paix et la sérénité – la paix de Dieu au sens de Philippiens 4,7 celle qui surpasse l’intelligence ?

Si la réponse aux 3 questions est oui, alors allez-y, et peu importe le qu’en dira-t-on.



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