Qui êtes-vous, Monsieur Hans Küng ?

« N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien le glaive. »[1]

Hans Küng est l’un des rares théologiens à user sans modération de l’art de la polémique. Résultat : il est connu du grand public et ses idées ont quitté les cercles feutrés de la pensée religieuse et/ou universitaire pour être débattues dans les médias et sur cette nouvelle « place publique », l’agora mondiale qu’est Internet, via les blogs, les forums, les sites internet etc. Qui est cet homme ? A la lumière d’une sélection de ses œuvres, voyons brièvement comment s’est structurée sa pensée et quelles sont les idées principales dont il discute aujourd’hui et qui touchent ses lecteurs et auditeurs.

Hans Küng est né le 19 mars 1928 à Sursee, dans le canton de Lucerne, en Suisse. Ordonné prêtre en 1954 après des études de théologie à l’université grégorienne de Rome, il vient soutenir une thèse de doctorat à la Sorbonne, à Paris, intitulée « La justification. La doctrine de Karl Barth et une réflexion catholique[2] ». Cette œuvre, publiée en 1965, vise à pratiquer le dialogue œcuménique car son auteur est convaincu qu’il n’y a pas de séparations dans la foi, mais simplement des différences de langage. En 1960, Küng est nommé professeur de théologie à l’université Eberhard Karl de Tübingen, en Allemagne, et participe, en tant que théologien expert, avec son collègue Joseph Ratzinger, au concile Vatican II (1962 – 1965).

Très tôt à travers ses œuvres, on observe les idées qui vont conduire Hans Küng à prendre position pour une réforme profonde de l’Eglise de Rome, déçu peut-être par les résultats de Vatican II qui ne sont pas à la hauteur des espérances qui y ont été formulées. Dans Structures de l’Eglise[3], il explique l’importance des conciles depuis le Moyen Age, puis dans L’Eglise[4], commence à dénoncer les dérives intervenues au cours des siècles par rapport au message initial contenu dans le Nouveau Testament et, en particulier, les lettres de Paul. Le scandale arrive avec Infaillible, une interpellation[5], livre dans lequel il remet en cause l’infaillibilité du pape. « On en parlait depuis 1293, expliquait-il le 12 février 2010 dans l’émission « Bibliothèque Médicis », sur la chaîne de la TNT française Public Sénat, mais le dogme n’a été proclamé qu’au concile Vatican I en 1870. Il ne résiste pas à un examen sérieux car il n’est fondé ni sur le Nouveau Testament, si sur la tradition. » En 1974, Hans Küng publie Etre chrétien[6], une somme de près de mille pages qui a pour ambition d’analyser le monde contemporain, si différent de celui dans lequel se sont déroulés les événements contenus dans le Nouveau Testament puis, à travers la critique serrée des illusions et des réductions imposées au christianisme tant par les chrétiens que par leurs adversaires, de faire parvenir le lecteur à une foi en Christ plus vraie et plus libre. Cette œuvre va susciter de nombreux et âpres commentaires parmi lesquels ceux de la Conférence épiscopale allemande, lesquels déboucheront sur un ouvrage collectif rédigé par des théologiens allemands, Diskussion über Hans Küngs Christ sein[7] , dans lequel il est reproché à Küng de donner un statut exclusif aux écritures et de négliger la tradition de l’Eglise. En un mot : Hans Küng est protestant… Les mesures administratives de rétorsion commencent : en 1975 une mise en garde lui est adressée par la Congrégation pour la doctrine de la foi[8]. Quatre ans plus tard, celle-ci lui interdit d’enseigner la théologie et de contribuer à l’acquisition, par les étudiants, des diplômes universitaires catholiques. L’Institut d’études œcuméniques qu’il dirige est alors détaché de la Faculté de théologie catholique et rattaché directement à l’université Karl Eberhard. C’est de là, désormais, que Hans Küng va défendre ses idées, au moyen de ses livres mais aussi de ses très nombreux articles, et poursuivre son méthodique travail œcuménique. En 1990, il rédige un livre-programme, Projet d’éthique planétaire[9], qui affirme que les religions ne pourront contribuer à la paix dans le monde qu’en réfléchissant à ce qui, dès à présent, leur est commun dans le domaine des convictions éthiques. C’est le point de départ de la Fondation pour une éthique planétaire[10] (Weltethos), qu’il dirige.


[1] Evangile selon Matthieu (10, 34), TOB

[2] Desclée De Brouwer, Paris, 1965

[3] Desclée De Brouwer, Paris, 1963

[4] Desclée De Brouwer, Paris, 1968

[5] Desclée De Brouwer, Paris, 1971

[6] Editions du Seuil, Paris, 1978

[7] Mainz, 1974

[8] La Congrégation pour la doctrine de la foi est chargée, selon la constitution apostolique Pastor Bonus du pape Jean-Paul II, de « protéger et promouvoir la doctrine et les mœurs conformes à la foi dans tout le monde catholique ». Elle a fait l’objet de plusieurs réformes au cours du XXème siècle, car elle était à l’origine chargée de l’inquisition. Son préfet le plus célèbre, qui a pris ses fonctions en 1981, est le cardinal Ratzinger, aujourd’hui pape Benoît XVI. Lorsque les sanctions frappent Hans Küng, elle est dirigée par Mgr Franjo Seper depuis 1968.

[9] Editions du Seuil, Paris, 1991

[10] www.weltethos.org/dat_fra/indx_0fr.htm



2 Comments to “Qui êtes-vous, Monsieur Hans Küng ?”

  1. By Françoise, 8 juin 2010 @ 11:37

    Ouchhhhh : “En un mot : Hans Küng est protestant…” Sans doute oui au sens où il remet en cause Rome sans doute non au sens de quitter Rome pour une Eglise protestante instituée?
    D’où la question : les protestants sont-ils restés protestants ?

  2. By beatrice, 20 juin 2010 @ 10:48

    Pour moi, il n’y a aucune fatalité. Personne ne nait protestant, (nos grands réformateurs étaient d’ailleurs tous catholiques.) personne ne nait chrétien non plus. Ceux qui revendiquent l’un ou l’autre ne peuvent produire que des arguments contestables. La conversion est d’un autre ordre, elle est de chaque instant et peut-être n’est-elle concernée par aucun dogme. Ceci une question…

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