Voyage en franc-maçonnerie (2)

Voici la suite de mon petit voyage en franc-maçonnerie. Pour plus de clarté, je reprends la classification (a, b…) au point où j’en étais dans mon premier chapitre.

b) Le rite de Memphis-Misraïm dans les mouvements ésotériques contemporains

Le XXème siècle, pourtant très matérialiste, n’a pas fait disparaître tous les mouvements ésotéristes, il les a simplement rendus discrets. On perçoit leur existence à travers quelques sites internet relativement sobres, comme http://www.martinisme.fr/ ou http://alchimie-pratique.org ou encore http://www.astrocours.fr/topic/index.html . Le rite de Memphis-Misraïm peut constituer un vivier pour ces petites sociétés, dans la mesure où il initie des membres qui, après une formation maçonnique classique[1], peuvent parvenir dans les degrés supérieurs où on leur enseignera, s’ils en font le choix, les arcanes des sciences traditionnelles, astrologie, théurgie et alchimie.

C’est un élément important, qui constitue la spécificité de ces francs-maçons par rapport aux autres obédiences de la franc-maçonnerie libérale française qui, elles, insistent plutôt sur leur attachement à la laïcité, aux principes de la république (« Liberté, égalité, fraternité), et travaillent depuis le siècle des Lumières à la construction de la société et au perfectionnement matériel et moral des hommes. Nulle étude de questions sociales chez les francs-maçons du rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm mais une réflexion constante sur l’éthique, sur la philosophie, sur les religions et sur les sciences sacrées traditionnelles.

c) Des références multiples : égyptiennes, juives, chrétiennes

Les références égyptiennes à l’intérieur du rite de Memphis-Misraïm sont surtout relatives aux trois dieux très connus : Osiris[2] dieu des Morts qui a pénétré les secrets de la vie, de la mort et de la résurrection, symbole de la sagesse ; Isis[3] déesse-mère, personnalisant la connaissance et Horus[4], symbole du Verbe créateur du monde et représentant l’ordre du cosmos. Dans les textes des rituels, les occurrences sont peu nombreuses. Il appartient aux membres pratiquant d’en comprendre le sens et d’en faire l’exégèse. Toutefois, il semble que ce ne soit pas leur activité principale, comme l’a fait remarquer Serge Caillet :

Alors que le symbolisme, assorti de l’allégorie, constitue la méthode spécifique de la franc-maçonnerie, cette société de mystères dans l’occident moderne, qui s’émerveille des hiéroglyphes, sans plus, dédaigne d’en analyser le principe comme l’avaient fait les philosophies occultes du XVème siècle [5][…]

Les références juives n’apparaissent pas dans les rituels des trois premiers degrés, seuls accessibles aux non-initiés, exception faite d’Hiram, dont les francs-maçons ont développé le mythe en le transformant en architecte du temple du roi Salomon (et non, comme il est décrit en 1 Rois 7, un simple ouvrier bronzier). Les autres références sont essentiellement en rapport avec la kabbale, c’est-à-dire la mystique ésotérique juive qui présente, par l’intermédiaire d’un diagramme appelé « Arbre de Vie » ou « Arbre des séphiroth », la création et l’organisation du monde. (cf annexe 1).

Les références chrétiennes sont présentes dans les rituels des 18ème degrés et suivants. Elles figurent notamment par l’intermédiaire du pélican, oiseau symbole de Jésus Christ qui se sacrifie pour nourrir ses enfants.

Très présente également dans les différents rituels, la référence à Hermès Trismégiste. Hermès, le dieu grec, est souvent identifié à Thot, divinité égyptienne de la sagesse et médiateur entre les dieux et les hommes. De cette identification résulte une certaine confusion pour les membres de l’Ordre international du rite ancien et primitif de Memphis-Misraîm. Quoi qu’il en soit, Hermès Trismégiste est un nom générique recouvrant une identité collective, sous lequel a été publié un ensemble de textes connus sous le titre de Corpus Hermeticum, datant vraisemblablement des IIème et IIIème siècles[6]. Le rite de Memphis-Misraïm est fortement influencé par la genèse contenue dans le premier traité, dénommé Poïmandrès, notamment pour la procédure d’allumage de la lumière centrale posée sur ce qui est appelé « autel du naos », lors de l’ouverture des travaux[7] et pour la dernière invocation, à la fermeture des travaux, véritable prière dont on retrouve le texte intégral dans l’œuvre originale[8].


[1] Les trois premiers degrés maçonniques, apprenti, compagnon et maître, communs à tous les rites maçonniques du monde.

[2] Robert AMBELAIN, Franc-maçonnerie d’autrefois, cérémonies et rituels des rites de Misraïm et de Memphis, Paris, éditions Robert Laffont, coll. « Les portes de l’étrange », 1988, p. 75.

[3] Loc. cit.

[4] Ibid., p. 69

[5] Serge CAILLET, op. cit., p. 67

[6] Frances A. YATES, Giordano Bruno et la Tradition hermétique, Paris, éditions Dervy, coll. « Bibliothèque de l’Hermétisme », 1988, pp. 22 et suivantes.

[7] Robert AMBELAIN, op. cit., p. 74

[8] HERMES TRISMEGISTE, Corpus Hermeticum, Paris, éditions Les Belles Lettres, collection des universités de France, 1946, Tome I, Traité I, paragraphe 31, pp. 19 et suivantes de l’édition de 1991.



1 Comment to “Voyage en franc-maçonnerie (2)”

  1. By Christian, 17 juillet 2010 @ 7:24

    Il est toujours intéressant de partager les appréciations d’autrui, notamment en ce domaine :-) alors bravo et bonne poursuite, il y a tant à “creuser” ….

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