juin
9
2010

Hans Küng, ou l’art de la polémique

Dans le second volume de ses mémoires[1], Hans Küng relate une partie de ses combats, dont il reprend les lignes essentielles dans un article, paru en France dans le quotidien Le Monde.[2] En ce qui concerne les questions intérieures à l’Eglise catholique, il s’agit surtout pour Küng de s’élever contre le « conservatisme médiéval » de la Curie romaine et la « trahison » de l’esprit de Vatican II. Il réagit à un paradoxe : alors que les cercles conservateurs sont minoritaires, c’est la majorité des catholiques qui se sent frustrée. En effet, ces conservateurs ont le pouvoir, centralisé à Rome, bloquent toutes les réformes et étouffent les voix discordantes. Sur le plan œcuménique, Küng déplore le rendez-vous manqué avec les Eglises protestantes, avec les juifs et les musulmans. Les relations avec les bouddhistes et les hindouistes n’étant pas vraiment à l’ordre du jour, il ne reste plus grand monde… Ratée, aussi, la réconciliation avec les peuples premiers d’Amérique latine dont Benoît XVI aurait affirmé qu’ils avaient « ardemment désiré adhérer à la religion de leurs conquérants » et avec les Africains, à qui l’autorisation d’utiliser des préservatifs permettraient de lutter contre le sida et la démographie galopante. A ces questions générales, dont certaines ont été maintes fois discutées jusques et y compris dans les conférences épiscopales en Afrique, Hans Küng ajoute une question encore plus controversée : celle du célibat des prêtres. S’appuyant sur les scandales sexuels qui ont éclaté dans plusieurs pays ces dernières années, il réclame une modification profonde du statut des prêtres catholiques[3], l’autorisation du mariage, qu’il considère comme l’une des solutions à la crise des vocations et un remède à la tentation de la pédophilie. Au passage, il épingle Benoît XVI qui a intégré les prêtres anglicans mariés à l’Eglise de Rome, provoquant ainsi d’inextricables problèmes de conformité au dogme[4] catholique romain.  Il reprendra ces arguments dans sa « Lettre ouverte aux évêques catholique du monde[5] ».

Ce qui frappe, chez Hans Küng, c’est avant tout son style[6]. Phrases courtes, efficaces, vocabulaire précis et direct, points d’exclamations, expressions imagées, il sait se faire comprendre de son lecteur. Nulle périphrase, nulle incise ne vient détourner l’attention, il va droit au but et c’est certainement l’une des raisons pour lesquels il est parvenu à se faire connaître d’un grand nombre de personnes. En revanche, il est moins à l’aise face à une caméra, sa difficulté à manier la langue française le bloquant parfois dans ses expressions. Mais qu’importe, son but était atteint avant qu’on ne l’invite à la télévision : il a fait naître la réaction, il a activé la polémique. Bonne ou mauvaise chose ? Peut-on tout dire ? La provocation sert-elle les causes justes ? A l’heure où l’on constate qu’un lecteur n’accepte de passer que vingt minutes à lire un journal, il faut être efficace. Dans ce cas, quoi de plus percutant qu’une polémique… Pour peu qu’elle génère un peu de « buzz », comprenez : des réactions sur les sites internet des grand journaux, alors les journalistes vont pouvoir s’en emparer, l’analyser, la mettre en perspective. Il y a fort à parier que les théologiens s’y pencheront et, pourquoi pas, les autorités ecclésiastiques catholiques, comme on le voit à propos des scandales de pédophilie et de violences sur les enfants qui touchent actuellement cette Eglise. Impossible, désormais, de passer ces questions sous silence. Impossible, non plus, de ne pas évoquer au passage la question du statut marital des prêtres, celle de l’intégration de prêtres mariés etc. Hans Küng n’est pas le seul théologien à s’intéresser à ces domaines et ce ne sont pas les seuls domaines auxquels il s’intéresse, mais en tant que personnage atypique disposant d’une caution morale et intellectuelle, il représente plus qu’un courant de pensée, une véritable force. Dans une société aussi éprise de vitesse que la nôtre, c’est remarquable.


[1] Mémoires II – Une vérité contestée, Editions Novalis/Cerf, Paris, 2010

[2] « Il faut réunir un concile », article paru dans l’édition du 18 avril 2010 du quotidien Le Monde

[3] « Pour lutter contre la pédophilie, abolissons le célibat des prêtres », article paru  dans l’édition du 5 mars 2010 du quotidien Le Monde

[4] « La politique du pape envers les anglicans est un véritable drame ! », article paru dans l’édition du 29 octobe 200ç du quotidien Le Monde

[5] « Cinq années pour Benoît XVI, une crise de confiance historique – Lettre ouverte aux évêques catholiques du monde », parue notamment dans le quotidien Le Monde du 17 avril 2010.

[6] Je ne lis pas l’allemand, je n’ai donc pu juger que d’après les traductions, mais c’est tout de même une bonne indication.

juin
7
2010

Qui êtes-vous, Monsieur Hans Küng ?

« N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien le glaive. »[1]

Hans Küng est l’un des rares théologiens à user sans modération de l’art de la polémique. Résultat : il est connu du grand public et ses idées ont quitté les cercles feutrés de la pensée religieuse et/ou universitaire pour être débattues dans les médias et sur cette nouvelle « place publique », l’agora mondiale qu’est Internet, via les blogs, les forums, les sites internet etc. Qui est cet homme ? A la lumière d’une sélection de ses œuvres, voyons brièvement comment s’est structurée sa pensée et quelles sont les idées principales dont il discute aujourd’hui et qui touchent ses lecteurs et auditeurs.

Hans Küng est né le 19 mars 1928 à Sursee, dans le canton de Lucerne, en Suisse. Ordonné prêtre en 1954 après des études de théologie à l’université grégorienne de Rome, il vient soutenir une thèse de doctorat à la Sorbonne, à Paris, intitulée « La justification. La doctrine de Karl Barth et une réflexion catholique[2] ». Cette œuvre, publiée en 1965, vise à pratiquer le dialogue œcuménique car son auteur est convaincu qu’il n’y a pas de séparations dans la foi, mais simplement des différences de langage. En 1960, Küng est nommé professeur de théologie à l’université Eberhard Karl de Tübingen, en Allemagne, et participe, en tant que théologien expert, avec son collègue Joseph Ratzinger, au concile Vatican II (1962 – 1965).

Très tôt à travers ses œuvres, on observe les idées qui vont conduire Hans Küng à prendre position pour une réforme profonde de l’Eglise de Rome, déçu peut-être par les résultats de Vatican II qui ne sont pas à la hauteur des espérances qui y ont été formulées. Dans Structures de l’Eglise[3], il explique l’importance des conciles depuis le Moyen Age, puis dans L’Eglise[4], commence à dénoncer les dérives intervenues au cours des siècles par rapport au message initial contenu dans le Nouveau Testament et, en particulier, les lettres de Paul. Le scandale arrive avec Infaillible, une interpellation[5], livre dans lequel il remet en cause l’infaillibilité du pape. « On en parlait depuis 1293, expliquait-il le 12 février 2010 dans l’émission « Bibliothèque Médicis », sur la chaîne de la TNT française Public Sénat, mais le dogme n’a été proclamé qu’au concile Vatican I en 1870. Il ne résiste pas à un examen sérieux car il n’est fondé ni sur le Nouveau Testament, si sur la tradition. » En 1974, Hans Küng publie Etre chrétien[6], une somme de près de mille pages qui a pour ambition d’analyser le monde contemporain, si différent de celui dans lequel se sont déroulés les événements contenus dans le Nouveau Testament puis, à travers la critique serrée des illusions et des réductions imposées au christianisme tant par les chrétiens que par leurs adversaires, de faire parvenir le lecteur à une foi en Christ plus vraie et plus libre. Cette œuvre va susciter de nombreux et âpres commentaires parmi lesquels ceux de la Conférence épiscopale allemande, lesquels déboucheront sur un ouvrage collectif rédigé par des théologiens allemands, Diskussion über Hans Küngs Christ sein[7] , dans lequel il est reproché à Küng de donner un statut exclusif aux écritures et de négliger la tradition de l’Eglise. En un mot : Hans Küng est protestant… Les mesures administratives de rétorsion commencent : en 1975 une mise en garde lui est adressée par la Congrégation pour la doctrine de la foi[8]. Quatre ans plus tard, celle-ci lui interdit d’enseigner la théologie et de contribuer à l’acquisition, par les étudiants, des diplômes universitaires catholiques. L’Institut d’études œcuméniques qu’il dirige est alors détaché de la Faculté de théologie catholique et rattaché directement à l’université Karl Eberhard. C’est de là, désormais, que Hans Küng va défendre ses idées, au moyen de ses livres mais aussi de ses très nombreux articles, et poursuivre son méthodique travail œcuménique. En 1990, il rédige un livre-programme, Projet d’éthique planétaire[9], qui affirme que les religions ne pourront contribuer à la paix dans le monde qu’en réfléchissant à ce qui, dès à présent, leur est commun dans le domaine des convictions éthiques. C’est le point de départ de la Fondation pour une éthique planétaire[10] (Weltethos), qu’il dirige.


[1] Evangile selon Matthieu (10, 34), TOB

[2] Desclée De Brouwer, Paris, 1965

[3] Desclée De Brouwer, Paris, 1963

[4] Desclée De Brouwer, Paris, 1968

[5] Desclée De Brouwer, Paris, 1971

[6] Editions du Seuil, Paris, 1978

[7] Mainz, 1974

[8] La Congrégation pour la doctrine de la foi est chargée, selon la constitution apostolique Pastor Bonus du pape Jean-Paul II, de « protéger et promouvoir la doctrine et les mœurs conformes à la foi dans tout le monde catholique ». Elle a fait l’objet de plusieurs réformes au cours du XXème siècle, car elle était à l’origine chargée de l’inquisition. Son préfet le plus célèbre, qui a pris ses fonctions en 1981, est le cardinal Ratzinger, aujourd’hui pape Benoît XVI. Lorsque les sanctions frappent Hans Küng, elle est dirigée par Mgr Franjo Seper depuis 1968.

[9] Editions du Seuil, Paris, 1991

[10] www.weltethos.org/dat_fra/indx_0fr.htm

mai
4
2010

Le culbuto

Vous vous souvenez du culbuto de votre enfance ? On cherche à le faire tomber et il se redresse toujours parce qu’il a le derrière lesté de plomb.

Couchée – 3h00 du mat et en train de ruminer tout ce que je n’ai pas encore fait et tout ce que j’aurai dû faire autrement. Et il est 4h. Je ne me rendormirai plus, alors autant se lever et attaquer la liste des choses à faire. Miracle : elles ont toutes une solution. Je suis sûre que pour vous c’est pareil : couché rien ne va. Debout et dans l’action, plus de problème, rien que des solutions.

Chema Israël – Écoute, Israël, l’Éternel, notre Dieu, l’Éternel est UN. La prière juive qu’on récite debout face à Dieu. Dieu nous veut debout, pas couché, et nous leste de sa grâce.

Un bel oxymore pour conclure : la lourde grâce de Dieu.

Esaïe 30,15 : Votre seule force, c’est de rester calme et de me faire confiance.

avr
25
2010

Un monde à terminer

D’après la tradition juive, quand Dieu a créé le monde, le monde n’était pas fini. Aujourd’hui encore le monde est rempli de poches de chaos. Maladie, carences, violence, haine. Autant de preuves de l’incomplétude de la création du monde. Quand Dieu nous a faits, Dieu nous a demandé d’être ses partenaires dans son œuvre de la création du monde. C’est la vision juive du sens de la vie : Letaqèn olam bemalkhout Shaddaï, réparer le monde en lui donnant une image de l’Unité. Un coin du monde porte votre nom, un coin que vous seul, avec vos capacités et talents uniques, pouvez remettre sur pied. Vous avez dans vos mains le pouvoir de changer la vie d’un autre être humain. Vous avez le pouvoir de récréer le monde. Apprendre à utiliser ce pouvoir avec sagesse et vision peut être la mission et le sens de votre vie.
 
avr
25
2010

Le bonheur du poisson rouge

Il paraît que les poissons rouges ont une mémoire de quelques secondes. Le temps de faire le tour du bocal, ils ont oublié qu’ils sont déjà passés par là et ils redécouvrent avec émerveillement ce joli coin de bocal qu’ils ne connaissaient pas, et la jolie plante d’un vert tendre qui leur caresse les écailles.  Ni remords, ni regret, une vie nouvelle pleine de promesses, qui se réinvente à chaque tour de piste. Le bonheur intégral.

Notre mémoire nous joue des tours. Le bocal tourne à la boule de cristal :  les cafouillages du passé prédisent les échecs à venir.  Alors, mieux vaut s’en tenir là ? Non.  Rien à faire ?  Si.  S’offrir une mémoire de poisson rouge pour se concentrer sur les lendemains à construire. Ce n’est pas ce que nous avons fait qui détermine ce que nous faisons,  mais c’est ce que nous faisons qui donne du sens à notre passé.

Jésus lui répondit : Suis-moi, et laisse les morts ensevelir leurs morts. (Matthieu, 8,22)